Blog · Analyse hebdomadaire · Samedi 18 juillet 2026

Cette semaine, j'ai observé un marché qui me rappelle une image assez précise : quelqu'un assis dans sa cuisine, la maison en train de brûler autour de lui, les pompiers qui défoncent la porte, et lui qui regarde son thermomètre en souriant parce que la température a baissé le mois dernier. C'est exactement ce qui s'est joué sur les indices américains ces cinq derniers jours.
D'un côté, j'ai vu le pétrole bondir de plus de 16% en cinq séances sur fond de tensions ravivées autour d'un des points de passage les plus stratégiques du commerce mondial de l'énergie. De l'autre, j'ai vu Wall Street applaudir des chiffres d'inflation flatteurs, calculés avant que ce même choc pétrolier ne se propage dans les statistiques. Et au milieu de tout ça, j'ai vu des entreprises publier des résultats magnifiques pendant que leurs actions s'effondraient. Quand les bonnes nouvelles arrêtent de faire monter les marchés, je considère que c'est le signal le plus important de la semaine, bien plus que n'importe quel chiffre isolé.
Dans cette analyse, je prends volontairement de la distance avec le bruit quotidien pour dégager la tendance de fond sur l'or, le pétrole, le dollar, les indices actions et le Bitcoin. Mon objectif n'est pas de réagir à l'actualité mais de comprendre ce qu'elle change, ou pas, dans la structure de marché à moyen terme.
Le nouveau patron de la Fed ne laisse aucune ambiguïté : pas de baisse de taux avant que l'inflation ne soit vraiment matée.
Je retiens d'abord un changement de ton du côté de la banque centrale américaine. Le nouveau responsable de la politique monétaire, auditionné devant le Congrès cette semaine, a tenu un discours qui ne laisse aucune place à l'ambiguïté : la flambée d'inflation des dernières années n'appartiendra au passé qu'à condition de mener la politique adéquate, et cette politique adéquate ne ressemble pas à une baisse de taux précipitée. Je traduis ça simplement : pas de geste avant que l'inflation ne soit vraiment matée.
Le marché obligataire a pourtant réagi à la détente apparente de l'inflation en repoussant la probabilité d'une hausse de taux fin juillet, avec un rendement à 10 ans qui s'est replié vers 4,55%. Je trouve ce mouvement fragile. Si le pétrole reste à ses niveaux actuels, l'inflation de juillet va mécaniquement remonter, et je m'attends à ce que le discours redevienne plus restrictif dès la rentrée du mois d'août. Je garde donc cette échéance en tête plutôt que de me fier à l'accalmie de cette semaine.
Le CPI de juin a été calculé avant le rebond de 16% du pétrole : le marché a célébré une photo prise avant l'incendie.
Le chiffre d'inflation américain de juin est ressorti meilleur que prévu, avec la plus forte baisse mensuelle des prix depuis plusieurs années. Sur le papier, c'est un motif de satisfaction. Le problème que je vois, c'est le calendrier : ce chiffre reflète des prix de l'énergie encore bas, avant que le pétrole ne reparte de plus de 16% en quelques jours. Autrement dit, le marché a célébré une photo prise avant l'incendie.
Je considère donc cette embellie comme un signal en sursis. La probabilité que l'inflation de juillet intègre pleinement le choc pétrolier est élevée, et je m'attends à ce que les marchés doivent revoir leur copie sur la trajectoire des taux d'ici la fin de l'été. Je surveille aussi le rendez-vous des banques centrales européennes cette semaine, avec un relèvement de taux qui n'est plus à exclure de mon point de vue.
La configuration explosive que je surveillais depuis des semaines a trouvé son catalyseur : le grand cycle haussier des matières premières continue.
Sur le plan technique, je n'ai pas été surpris par ce rebond. Depuis plusieurs semaines, je surveillais une configuration explosive sur le pétrole : un immense marché haussier initié après la crise sanitaire, suivi d'une longue consolidation à volatilité décroissante. Il ne manquait qu'un catalyseur pour relancer la mèche, et la reprise des tensions géopolitiques a joué ce rôle à la perfection.
Mon image mentale reste celle d'une continuation du grand cycle haussier des matières premières. Le seul scénario qui invaliderait cette lecture serait un retour sous le support qui vient d'être cassé à la hausse. Tant que ce niveau tient, je considère que le potentiel de hausse reste important pour 2026, avec un objectif qui pourrait s'étendre vers de nouveaux plus hauts historiques d'ici 2027. L'indice large des matières premières confirme cette lecture : après avoir frôlé la zone qui aurait remis en cause le bull market, il a rebondi de manière spectaculaire cette semaine.
L'or est sorti de sa dynamique haussière sans devenir baissier : je reste attentiste tant qu'un nouveau range n'est pas dessiné.
Je dois être honnête : la lecture sur l'or est moins confortable que sur le pétrole. Techniquement, le métal jaune est sorti de sa dynamique de marché haussier depuis quelques semaines, aussi bien contre le dollar que contre l'euro. Je ne parle pas d'un effondrement, mais d'une sortie de tendance qui m'invite à la prudence plutôt qu'à la chasse aux creux de marché.
Le contexte macro renforce cette prudence à court terme : tant que le marché anticipe des taux durablement élevés, l'or, qui ne verse aucun coupon, reste structurellement moins attractif. Je préfère donc attendre que le marché dessine clairement un nouveau range avant de reprendre une position directionnelle franche. Ma conviction de fond sur l'or reste intacte sur le temps long, mais je refuse de forcer une entrée tant que la structure ne me le confirme pas.
| Actif | Situation technique | Biais |
|---|---|---|
| Or (XAU/USD) | Sorti du bull market, range en formation | Neutre / attentiste |
| Pétrole (WTI) | Rebond puissant, cassure haussière confirmée | Haussier |
| Dollar (DXY) | Canal haussier, consolidation au-dessus du pivot | Haussier |
| EUR/USD | Structure de retournement baissière, risque de parité | Baissier |
| S&P 500 | Consolidation dans un canal haussier de long terme | Neutre, prudence CT |
| Nasdaq | Sous la moyenne mobile 50 jours, pression des semis | Baissier CT |
| Semi-conducteurs | Bear market officiel, -20% depuis juin | Baissier |
| Bitcoin | Range baissier, pas de cassure haussière | Baissier / neutre |
Le renforcement structurel du dollar est le mouvement de fond le plus sous-estimé du moment ; l'euro vise la zone 1,07-1,08.
Je reste convaincu que le mouvement de fond le plus sous-estimé de ces derniers mois, c'est le renforcement structurel du dollar américain. Le billet vert évolue dans un canal haussier depuis plusieurs trimestres, avec un double creux cassé à la hausse et une consolidation saine au-dessus de ce pivot. Je m'attends à ce que ce narratif prenne de plus en plus de place dans les mois à venir, avec un potentiel excès vers le haut de ce canal.
En miroir, l'euro confirme une structure de retournement baissière que je surveille depuis l'an dernier, qu'on l'appelle épaule-tête-épaule ou élargissement technique importe peu : le signal de cassure est là, et la paire consolide actuellement autour de son pivot. Mon prochain objectif se situe dans la zone des 1,07-1,08 sur les prochains trimestres, avec un scénario de passage sous la parité qui devient crédible sur un horizon plus long si l'accélération baissière se confirme. Je vois là un basculement global : le monde est en train de repasser du mode euro vers le mode dollar pour l'exposition aux devises des pays développés.
Des résultats records accueillis par des baisses de cours : le prix de la perfection était déjà payé.
Le signal le plus intéressant de la semaine à mes yeux n'est pas venu d'un mauvais chiffre, mais de résultats excellents accueillis par des baisses de cours. Des entreprises publient des bénéfices records, relèvent leurs perspectives, et leurs actions reculent quand même. Pour moi, ce n'est pas un problème de fondamentaux, c'est un problème de confiance : le prix de la perfection était déjà intégré dans les cours avant même la publication.
Sur le plan structurel, je garde en tête le canal haussier de très long terme du S&P 500, actif depuis la crise de 2008, qui laisse encore une marge de hausse avant d'entrer dans une zone que je qualifierais de bulle spéculative. Mais à court terme, je constate un Nasdaq qui casse sa moyenne mobile des 50 jours, entraîné par la chute des semi-conducteurs, désormais officiellement en marché baissier après avoir perdu 20% depuis leur sommet de juin.
J'observe une rotation claire vers les valeurs défensives et vers des marchés jugés plus sûrs. Ce n'est pas forcément le signal d'un sommet majeur, mais c'est indéniablement un signal de prudence de la part des capitaux les mieux informés.
Tant que la trendline baissière n'est pas cassée à la hausse, chaque mauvaise nouvelle peut amplifier la baisse.
Sur les cryptoactifs, je ne change rien à ma lecture des dernières semaines. Le Bitcoin reste dans une logique de vague baissière ponctuée de petits plateaux de stabilisation, et tant qu'il évolue sous la trendline qui matérialise cette latéralisation, je considère que chaque mauvaise nouvelle peut amplifier la baisse. La condition pour que je change d'avis est simple : il faut d'abord une cassure haussière de cette trendline pour couper le momentum baissier, puis un retour dans la zone de range pour valider la fin du marché baissier. Pour l'instant, je reste loin de cette configuration, et le manque d'appétit pour le risque sur l'ensemble du marché crypto ne plaide pas pour un retournement rapide.
Si je prends du recul sur l'ensemble de ces éléments, je vois deux histoires qui se confirment mutuellement et une troisième qui demande de la patience. Le renforcement du dollar et l'affaiblissement structurel de l'euro forment, à mes yeux, la tendance la plus fiable de ce début de second semestre : la technique et le contexte macro racontent la même chose. Le pétrole et les matières premières bénéficient d'un alignement rare entre catalyseur géopolitique et configuration graphique prête à exploser, ce qui me pousse à maintenir un biais haussier assumé sur cette classe d'actifs pour 2026.
Sur les indices actions, je retiens surtout ce décalage entre d'excellents résultats et des cours qui baissent : c'est le symptôme d'un marché qui teste sa propre foi plutôt qu'une remise en cause des fondamentaux. Je reste structurellement haussier sur le temps long, mais je surveille de près la rotation vers les valeurs défensives, qui m'indique que les investisseurs les plus avisés commencent déjà à réduire leur exposition au risque le plus spéculatif, celui de l'intelligence artificielle et des semi-conducteurs. Sur l'or, j'assume une position moins tranchée : sorti de son bull market à court terme, sous pression tant que les taux restent un sujet, mais je ne renonce pas à ma conviction de fond sur cet actif dès lors qu'un nouveau range se dessinera clairement.
Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.
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