Blog · Analyse hebdomadaire · Samedi 1er août 2026

Jeudi soir, une seule entreprise a fabriqué 450 milliards de dollars de capitalisation boursière en une séance. C'est le plus gros gain quotidien de l'histoire de Wall Street, toutes époques confondues. Et le même jour, sept actions américaines sur dix ont terminé dans le rouge. Voilà, en une image, l'état exact du marché à l'entrée du mois d'août : un indice qui triomphe, une économie cotée qui ne suit pas, et une poignée de titres qui portent tout le reste sur leur dos.
Je vois trop de commentaires célébrer ce rebond comme un retournement. Ce n'en est pas un. Un rebond, c'est quand le marché remonte ensemble. Là, huit valeurs ont remonté et l'indice a suivi mécaniquement. Pendant ce temps, le seul intervenant qui a rarement tort — le marché obligataire — a passé la semaine à envoyer un message que personne n'a envie d'entendre.
Et derrière ce bruit, il se passe quelque chose de bien plus important pour qui suit l'or : le métal jaune arrive sur le seuil technique le plus décisif de son année. Ce qu'il fera autour des 4 000 dollars conditionne, à mes yeux, toute la fin d'année 2026.
Le 30 ans américain est monté à 5,24 %, son plus haut niveau depuis 2007, pendant que le 2 ans baissait : c'est un vote de défiance déguisé en courbe des taux.
Mercredi, la banque centrale américaine n'a pas bougé ses taux. Rien d'extraordinaire sur le principe : c'est la cinquième pause d'affilée, la plus longue séquence depuis 2008. Ce qui l'est beaucoup plus, c'est le détail du vote. Trois membres sur douze ont réclamé une hausse des taux. Il faut remonter à 2016 pour retrouver autant de dissidences de ce type. Une banque centrale divisée à ce point, ce n'est pas un détail de procédure, c'est un aveu d'incertitude.
Mais le vrai événement s'est joué pendant la conférence de presse. À la question la plus simple du monde — qu'est-ce qui vous ferait monter les taux ? — il n'y a pas eu de réponse. Pire : la référence historique en matière de mesure de l'inflation a été décrite comme un thermomètre dont on ne sait pas si on le gardera dans six mois. Vingt ans de communication anticipée, débranchés en quarante-cinq minutes.
Le marché obligataire a répondu immédiatement, et son message est chirurgical. Le 2 ans, qui reflète les paris de court terme sur la politique monétaire, a baissé jusqu'à 4,26 % : personne n'anticipe plus de resserrement rapide. Le 30 ans, lui, a pris 13 points de base mercredi puis 7 de plus jeudi, à 5,24 %, un niveau plus vu depuis 2007. Le 10 ans s'installe à 4,67 %. Cet écartement — le plus fort mouvement enregistré un jour de réunion depuis décembre 2023 — dit une chose : je veux bien prêter à court terme, mais sur trente ans je veux être payé beaucoup plus cher, parce que je ne vous fais plus confiance pour tenir l'inflation.
Ce ne sont donc pas les banques centrales qui pilotent le resserrement en ce moment, c'est le marché obligataire qui le fait à leur place. Historiquement, c'est un régime instable : il ne provoque pas d'accident la semaine suivante, mais il en prépare toujours un.
La contraction de 0,4 % de l'inflation américaine le mois dernier — la première en six ans — venait presque uniquement du prix de l'essence, et la géopolitique est en train de la reprendre.
On a beaucoup célébré cette baisse de l'inflation américaine, première contraction depuis six ans. Je l'ai accueillie avec beaucoup plus de réserve : quand on ouvre le chiffre, la quasi-totalité de l'amélioration vient du recul des prix à la pompe, obtenu pendant une accalmie au Moyen-Orient. Le seul bon chiffre d'inflation de l'année n'était pas le fruit d'une politique monétaire efficace, mais d'un cessez-le-feu.
Ce cessez-le-feu n'a pas tenu la semaine. Des missiles balistiques ont visé des forces américaines au Moyen-Orient, des frappes ont suivi, des drones ont ciblé des installations pétrolières saoudiennes, et il est désormais question d'imposer des péages aux navires en mer Rouge. Chaque étage de cette escalade se transmet au baril, donc à l'inflation, donc aux taux longs : c'est la boucle que je surveille le plus attentivement, parce qu'elle relie tout le reste.
Et ce n'est plus un phénomène américain. Les taux remontent partout : au Japon, dans plusieurs pays d'Asie, au Royaume-Uni où le 30 ans flirte avec ses records des années 1990. Un monde où le loyer de l'argent long remonte simultanément sur tous les continents redevient hostile aux actifs sans rendement — et l'or en fait partie.
Le WTI à 83,50 $ et le Brent à 87 $ ne racontent pas un marché calme : ils racontent une compression de volatilité juste avant une résolution que je crois haussière.
Le baril a fait un aller-retour spectaculaire : au-dessus de 100 dollars sur le Brent il y a quelques jours, retombé à 87 dollars, pendant que le WTI revenait vers 83,50 dollars. Sur le graphique hebdomadaire, cette semaine ne pèse quasiment rien : une bougie étroite, collée à un pivot majeur. C'est exactement la configuration que je cherche. La volatilité se contracte autour d'un niveau clé, et ce type de compression finit toujours par se résoudre — rarement en douceur.
Ma lecture de fond n'a pas changé depuis plusieurs mois. Le pétrole a connu une première jambe de hausse, il a consolidé pendant des années, puis il a cassé sa résistance avec le conflit au Moyen-Orient comme catalyseur. Nous ne sommes qu'au tout début du mouvement directionnel. Le pétrole ne monte pas tranquillement : il reste calme, puis il double ou triple en quelques semaines quand l'offre se tend pour de bon. J'attends une première tentative d'envolée d'ici la fin de l'année.
Le panier élargi de matières premières raconte la même histoire, en plus lisse : une hausse bien entamée, puis une digestion latérale au-dessus de sa ligne de tendance. Tant que ce support tient, je reste sur un scénario de seconde jambe haussière.
À −30 % depuis son record de janvier, l'or joue sa fin d'année sur la zone 3 900–4 000 $ : au-dessus, le chemin des 4 800–5 000 $ se rouvre ; en dessous, 3 400 $ devient l'objectif.
Soyons lucides sur l'ampleur de ce qui s'est passé depuis janvier : l'or a perdu près de 30 % depuis son sommet, et l'argent 54 %. On ne parle pas d'une respiration, on parle d'une correction majeure, qui a effacé une verticalité que je jugeais intenable depuis longtemps. Une hausse en ligne droite n'est jamais un régime durable, et le marché vient de le rappeler avec brutalité.
Techniquement, l'or est aujourd'hui posé sur la zone 3 900–4 000 dollars, qui est à la fois un support mensuel de référence et le niveau qui décide de la suite. Si le marché le tient et repasse au-dessus de sa résistance hebdomadaire, je vois un rebond crédible en direction des 5 000 dollars. S'il casse, je n'ai pas de niveau intermédiaire sérieux avant 3 400 dollars — le sommet historique de 1980 réajusté de l'inflation. Fait notable : les projections institutionnelles de fin d'année s'étalent entre 3 500 dollars pour les plus pessimistes et 4 800 à 4 900 dollars pour les plus optimistes. Les mêmes bornes, exactement.
Il faut comprendre d'où vient la baisse, parce que c'est contre-intuitif. Ce n'est pas la demande physique : la consommation en Chine et en Inde progresse toujours de 5 à 10 % par an. La baisse vient de la demande financière — les fonds indiciels adossés à l'or physique enregistrent des sorties de capitaux dans toutes les zones géographiques, États-Unis en tête avec 263 milliards de dollars d'encours, devant l'Europe (185 milliards) et l'Asie (68 milliards). Ce ne sont pas des ventes à découvert, ce sont des prises de bénéfices : superposez la courbe des encours et celle du prix, c'est le même dessin.
Il y a une seconde raison, encore moins commentée. L'or a cessé d'être un pur placement de peur pour devenir un amortisseur de chocs. Quand une devise émergente décroche — la roupie indienne, la roupie indonésienne, le baht — vendre de l'or génère le cash qui permet de la défendre, et plusieurs banques centrales ont allégé leurs réserves en début d'année pour cette raison. Voilà pourquoi un contexte géopolitique explosif ne fait plus monter l'or automatiquement.
Historiquement, le vrai point bas de l'or ne s'est jamais formé tant que son momentum mensuel n'était pas repassé sous sa zone de neutralité, voire proche de la survente. Nous n'y sommes pas encore. Un rebond de plusieurs semaines reste tout à fait possible — mais un rebond n'est pas un plancher, et je ne traiterai pas l'un comme l'autre.
Le seul signal réellement encourageant que j'observe, c'est le positionnement des gérants sur les contrats à terme : la réduction des positions à effet de levier, entamée il y a plus d'un an, semble terminée. Le principal moteur mécanique de la baisse a donc disparu. Il manque encore les trois conditions de fond d'un vrai redémarrage : une détente sur les anticipations de taux à l'échelle mondiale, un apaisement géopolitique accompagné d'une baisse du baril, et surtout le retour des flux longs sur les fonds indiciels — qui n'arrivera pas sans un dollar plus faible.
| Actif | Situation technique | Biais |
|---|---|---|
| Or (XAU/USD) | Sortie du marché haussier, en test du support 3 900–4 000 $ ; même lecture face à l'euro, donc pas un simple effet de change | Neutre / range |
| Argent | −54 % depuis janvier, correction non purgée sur les grandes unités de temps | Baissier |
| Pétrole (WTI) | Compression de volatilité sur un pivot majeur après la cassure de fond | Haussier |
| Matières premières | Digestion latérale au-dessus de la ligne de tendance, seconde jambe intacte | Haussier |
| Dollar (DXY) | Repli hebdomadaire assimilable à un drapeau de consolidation dans un cycle haussier long | Haussier |
| EUR/USD | Support de fond cassé, rebond de la semaine assimilable à du bruit de marché | Baissier |
| S&P 500 | Troisième creux de consolidation, contraction de volatilité en cours dans le canal haussier | Haussier |
| Nasdaq | Purge violente puis reprise ; creux en formation, mais dépendance extrême à huit valeurs | Haussier prudent |
| DAX / CAC 40 | Consolidation en triangle dans des canaux haussiers, pivot en cours de travail | Haussier |
| Bitcoin | Sous sa résistance de fond et sa ligne de tendance baissière, semaine de repli | Baissier |
Le yen est tombé à son plus bas niveau depuis 40 ans avant d'être sauvé par une intervention coordonnée de trois pays en une seule nuit — et il était déjà retombé le lendemain matin.
Sur le dollar, ma lecture n'a pas bougé malgré le repli de la semaine. En prenant du recul sur l'unité de temps longue, je vois un cycle haussier entamé depuis longtemps et une simple temporisation en forme de drapeau. Je ne change pas de biais sur une bougie hebdomadaire : c'est justement en zoomant trop qu'on devient une girouette. Sur l'euro-dollar, même logique inversée — le support majeur a fini par céder après avoir tenu trois fois, et le rebond de cette semaine ressemble à un faux départ plus qu'à une invalidation. Les cycles de devises mettent des trimestres à se retourner, pas cinq séances.
Le vrai événement de la semaine sur le change, c'est le yen. Il était tombé à son plus bas niveau depuis quarante ans face au dollar, parce que le vendre était devenu le pari le plus confortable de la finance mondiale : on emprunte à 1 % au Japon, on place à 4,6 % aux États-Unis, et la devise empruntée se déprécie en prime. Jeudi, en pleine séance américaine, la paire est passée de 164 à moins de 158 en quelques heures, sans communiqué. Trois pays sont intervenus la même nuit — une coordination rarissime. Le lendemain matin, le yen était déjà revenu à 160,50.
Je n'en conclus pas que la tendance est cassée : une intervention n'arrête jamais un mouvement de fond. J'en conclus que le confort de ce pari vient de disparaître. Et un pari de portage sans confort finit toujours par se déboucler — ceux qui ont vécu certains mois d'août sur les marchés savent de quoi je parle.
450 milliards de dollars créés en une séance sur un seul titre, et 70 % des actions américaines en baisse le même jour : ce n'est pas le marché qui est remonté, ce sont huit valeurs.
La semaine a commencé très mal. Après la conférence de presse de la banque centrale, l'indice industriel américain a perdu plus de 1 000 points, sa pire séance depuis avril 2025, l'indice technologique est officiellement entré en correction et a aligné six séances de baisse consécutives, une première depuis 2024. Mercredi soir, l'ambiance était celle d'un marché qui commence à ne plus croire à sa propre histoire.
Et puis une publication trimestrielle a tout renversé. Le titre a pris 15,51 %, sa meilleure séance depuis octobre 2008, créant 450 milliards de dollars de valeur en un jour. Ce n'est pourtant pas la croissance qui a déclenché ça, c'est une phrase : nos dépenses d'investissement n'augmenteront pas. Le marché ne récompense plus la croissance, il récompense la discipline. Une autre société a annoncé la même semaine un flux de trésorerie trimestriel en chute de 91 % et s'est fait sanctionner ; une troisième affiche un flux de trésorerie annuel négatif de 7,6 milliards et a été applaudie, parce qu'on voit précisément ce que son investissement rapporte. Le message est limpide : dépensez, mais montrez la facture. Un dernier chiffre mérite d'être noté au passage : la valeur la plus centrale de toute cette révolution technologique se paie aujourd'hui 17,5 fois les bénéfices attendus, son multiple le plus bas depuis 2015.
Reste le vrai sujet, celui que le record a masqué : la concentration. Le jour de cette séance historique, 21 des 30 valeurs de l'indice industriel ont baissé et la version équipondérée du grand indice américain a reculé de 0,8 %. Un indice porté par huit titres n'a plus de filet : si l'un d'eux publie un mauvais chiffre, il n'y a personne derrière pour rattraper l'ensemble. C'est exactement le schéma qui vient de coûter 40 % à la bourse coréenne depuis la mi-juin — deux valeurs pesant plus de la moitié de l'indice, du levier partout, et des résultats pourtant excellents qui n'ont rien empêché. Le mois de juillet s'y est soldé par un recul de 24 %, la pire performance mensuelle depuis 1997, avant un rebond de 18 % en une seule matinée.
Cela ne me rend pas baissier pour autant, et c'est important de le dire. Sur les grandes unités de temps, le grand indice américain reste dans son canal haussier de long terme et vient d'inscrire un troisième creux de consolidation, avec une mèche basse rachetée en clôture : une compression de volatilité classique, typique d'une fin de digestion. Je l'attends résolue d'ici la fin de l'été, et une cassure haussière libérerait une nouvelle vague. Les indices européens racontent la même chose en plus calme, tous deux dans des canaux haussiers intacts. Je reste donc constructif à moyen terme — mais avec la lucidité de savoir sur combien de jambes tient réellement l'édifice.
Tant que le bitcoin reste sous sa ligne de tendance baissière et sous sa résistance de fond, chaque bonne nouvelle ne produit qu'un rebond timide — c'est la définition même d'un marché baissier.
Encore une petite semaine de repli. On peut y voir le départ d'une nouvelle vague baissière, ou la fin d'un rebond qui cherchait à rejoindre sa ligne de tendance descendante. Je ne tranche pas, et je n'ai pas besoin de trancher : tant que le prix évolue sous cette structure, nous sommes dans un marché baissier. Dans ce régime, les mauvaises nouvelles font dévisser et les bonnes ne produisent que des consolidations. Le comportement du prix face à l'information est un bien meilleur indicateur que l'information elle-même.
Le reste de la classe d'actifs confirme, ce qui compte beaucoup pour moi : le XRP évolue dans un flux vendeur à l'intérieur d'un grand triangle, avec un premier objectif atteignable dans les semaines qui viennent ; l'ether tient encore son support, mais dans un secteur entièrement délaissé, je vois mal comment il irait chercher le haut de sa zone tout seul. Quand toute une classe d'actifs marche du même pas, il faut écouter.
Reste le calendrier. Beaucoup attendent le point bas autour du fameux cycle de quatre ans, dont l'échéance tombe au début du mois d'octobre. C'est possible, et un creux formé sur la dernière partie de 2026 me semble un scénario raisonnable pour envisager un retour progressif vers une phase de range. Mais je ne prends pas position sur une date : je prendrai position sur une cassure.
Je sors de cette semaine avec une conviction renforcée et une prudence renforcée, ce qui n'est pas contradictoire. La conviction, c'est le cycle des matières premières : le pétrole comprime sa volatilité juste au-dessus d'un pivot majeur, dans un contexte géopolitique qui se dégrade au lieu de s'apaiser. C'est là que je vois le mouvement le plus asymétrique des prochains trimestres. La prudence, c'est la structure du marché actions : un indice qui bat des records grâce à huit titres pendant que sept valeurs sur dix baissent n'est pas un marché sain, c'est un marché qui a vendu son filet de sécurité pour acheter des processeurs.
Sur l'or, je fais ce que je fais toujours quand un actif quitte son marché haussier sans avoir encore établi les bornes de son range : je réduis mon exposition directionnelle et j'attends. La zone des 3 900–4 000 dollars tranchera, et j'accepte de ne pas savoir dans quel sens. Ce que je refuse, c'est de payer pour le découvrir. L'or reste, à mes yeux, un actif de fond incontournable — mais un actif de fond ne se traite pas comme un pari de court terme, et les trois conditions de sa reprise durable (détente sur les taux mondiaux, baisse du baril, retour des flux longs sur les fonds indiciels) ne sont réunies aujourd'hui pour aucune d'entre elles.
Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.
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