Blog · Analyse hebdomadaire · Samedi 10 octobre 2026

Mardi 6 octobre, le S&P 500 a inscrit un nouveau record historique à 7 844 points. Le même jour, l'indice des grandes banques américaines entamait sa cinquième semaine de baisse consécutive. Il se trouve désormais à plus de 12 % sous un sommet qui date de moins de deux mois. La Bourse dans son ensemble n'a jamais été aussi haute, et ceux qui lui prêtent de l'argent sont en correction.
Je m'arrête sur cette contradiction parce qu'une banque voit avant tout le monde ce que les indices ne mesurent pas : la mensualité qui arrive en retard, la carte de crédit qui n'est plus remboursée en entier, le crédit auto qui saute un mois. Or l'enquête triennale de la Réserve fédérale publiée vendredi indique que près d'une famille américaine sur cinq est en retard sur au moins un crédit, contre 12 % lors de l'enquête précédente. Il faut remonter à 2010 pour trouver un chiffre comparable. Dans le même temps, le 10 ans américain a touché 5,36 % mercredi, un sommet depuis 2002.
L'or, lui, a vécu sa semaine en deux temps. Mercredi, au moment précis où les taux marquaient leur pic, il est descendu à 4 066,50 $, sous le support de 4 110 $ que je surveillais. Vendredi, il a clôturé à 4 195,11 $, en hausse de 1,3 % sur la semaine. Un nouveau plus bas, puis une clôture près des plus hauts : c'est la première semaine de hausse après deux semaines de baisse, et la forme de cette bougie mérite qu'on la regarde de près.
Le 10 ans américain a touché 5,36 % mercredi, son niveau le plus élevé depuis 2002, avant de clôturer la semaine à 5,24 % ; le 30 ans est monté jusqu'à 5,73 % et termine à 5,60 %.
La semaine obligataire a livré une surprise, et je la prends telle quelle. Le Trésor américain a mis en vente de la dette à un rendement de 5,30 %, le plus élevé depuis vingt-six ans, et la demande a été la plus forte depuis plus de dix ans. Dans la foulée, 22 milliards de dollars d'obligations à 30 ans sont partis à 5,618 %, soit 31 points de base de plus qu'un mois plus tôt. Ceux qui attendaient une adjudication ratée en sont pour leurs frais : on veut encore prêter aux États-Unis.
Je ne lis pas cette nouvelle comme un soulagement pour autant. Qu'il y ait des acheteurs à 5,6 % ne dit rien de rassurant sur l'emprunteur ; cela dit simplement que le prix est devenu assez élevé pour attirer du monde. Le marché a trouvé son prix, et ce n'est pas lui qui paie la facture. L'exercice budgétaire américain clos fin septembre affiche un déficit de 2 000 milliards de dollars, le plus élevé depuis 2021, soit environ 5,5 milliards par jour. La dette fédérale atteint 40 262 milliards. Chaque tranche renouvelée l'est désormais à un taux qui commence par un 5.
Le mécanisme habituel ne joue plus, et c'est le point que je retiens. Quand le consommateur souffre, la banque centrale baisse ses taux, les taux longs suivent, les crédits s'allègent et la machine repart. Or la Fed a relevé ses taux en septembre, ils se situent entre 3,75 % et 4 %, et les marchés à terme anticipent un taux directeur autour de 5,6 % dans cinq ans. Le marché ne parie pas sur un assouplissement ; il parie sur l'inverse.
L'Europe vit la même histoire. Le 10 ans français a touché 4,89 % jeudi et termine la semaine vers 4,85 %, au-dessus du 10 ans italien, à 4,60 %. Le 10 ans allemand est à 3,47 %, ce qui laisse un écart d'environ 1,4 point entre Paris et Berlin, un niveau qu'on n'avait plus vu depuis la crise de la dette souveraine. Le 10 ans britannique reste au-dessus de 5,40 %. Les banques françaises, qui détiennent des montagnes d'obligations d'État, ont été vendues toute la semaine.
Sur le graphique de très long terme, je garde la même lecture. Pendant trois décennies, les taux ont baissé : un cycle déflationniste qui faisait des obligations longues un placement à la fois rémunérateur et protecteur. Depuis 2020, la tendance séculaire s'est retournée. La poussée en cours peut encore durer quelques trimestres, et tant qu'elle dure, les échéances longues — dix ans et au-delà — encaissent l'essentiel de la baisse de prix. Pour stabiliser un portefeuille, la logique s'est déplacée vers les échéances courtes, de quelques mois à deux ou trois ans, moins volatiles pour une rémunération comparable. Le seuil que je surveille la semaine prochaine sur le 10 ans américain : 5,30-5,36 %, la zone où les actions ont commencé à s'inquiéter.
L'indice des 24 plus grandes banques américaines aligne cinq semaines de baisse, sa plus longue série depuis 2022, et se trouve à plus de 12 % sous son record ; près de 20 % des familles américaines sont en retard sur au moins un crédit, un niveau inconnu depuis 2010.
Le chiffre des retards de paiement vaut d'être remis en contexte. En 2010, l'Amérique sortait de la crise des subprimes avec un chômage proche de 10 %. Aujourd'hui, le chômage est bas, la croissance tient, la Bourse est au plus haut — et il y a autant de ménages qui n'arrivent plus à payer. La même enquête indique que la part des familles consacrant plus de 40 % de leurs revenus au remboursement de leurs dettes est au plus haut depuis 2013, tandis que le patrimoine médian des ménages les plus aisés a bondi de 31 %. Ceux qui détiennent des actions vont très bien ; ceux qui détiennent des crédits commencent à couler.
Le moral des consommateurs, mesuré vendredi, est tombé à 46,3. Le plus bas historique, 44,8, date de mai dernier. Les obligations d'entreprises les plus mal notées offrent leurs rendements les plus élevés depuis 2020. Et sur le graphique, l'indice bancaire est en train de casser sa moyenne mobile à 200 jours.
Un mot sur ce terme de « correction », parce qu'il pèse plus lourd qu'il ne devrait. Personne n'a jamais décidé qu'on entrait en correction à −10 % et en marché baissier à −20 %. Ce sont des chiffres ronds, une convention. Une banque à −9,8 %, personne n'en parle ; à −10,1 %, c'est un titre, et des règles automatiques de gestion se mettent à vendre parce que le mot est tombé. Le seuil est arbitraire, mais comme tout le monde y croit, il devient réel. Les banques l'ont franchi juste avant de publier leurs résultats.
Ces résultats arrivent mardi, et il y a de fortes chances qu'ils soient excellents en apparence : près de 19 milliards de dollars de revenus attendus sur les seules activités actions, parce que plus les marchés bougent, plus les salles de marché gagnent. Ce n'est pas la ligne que je regarderai. Je regarderai les provisions, c'est-à-dire l'argent mis de côté pour les crédits qui ne seront peut-être jamais remboursés. C'est là que les banques diront ce qu'elles voient vraiment. Mercredi suivra l'inflation américaine de septembre, avec une composante énergie à surveiller, puis jeudi les prix à la production. Lundi, le marché obligataire américain est fermé pour un jour férié alors que la Bourse reste ouverte.
Le Brent termine la semaine à 104,53 $, en hausse de 1,9 %, après un creux à 97 $ en séance ; le WTI clôture à 91,67 $ (+0,5 %) après un plus bas à 86,86 $.
La semaine a commencé par une détente. Lundi, le Brent perdait près de 2 % et revenait vers 100 $. Mardi, une frappe revendiquée contre un aéroport et une raffinerie en Arabie saoudite n'a pas fait bouger le baril : un missile sur une raffinerie est devenu du bruit de fond. Mercredi, Washington affirmait que l'Iran avait perdu le contrôle du détroit d'Ormuz, pendant qu'un pétrolier était touché au large du Qatar, et l'Agence internationale de l'énergie se disait prête à libérer davantage de réserves — sans un seul baril nouveau par rapport aux annonces du printemps.
Jeudi, la Maison-Blanche a écrit qu'il n'y aurait aucune attaque contre l'Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Le message se voulait rassurant. Le Brent a pris 4 % dans la journée et repassé 104 $, parce que tout le monde a lu la phrase dans l'autre sens : pas avant le 3, donc peut-être le 4.
Vendredi, annonce d'un accord avec Moscou : la Russie livrera du diesel au marché américain et mondial, plus de 300 000 tonnes immédiatement, 500 000 en novembre, davantage ensuite, et les sanctions sur le diesel russe sont suspendues jusqu'au 7 avril. Trois cent mille tonnes, le chiffre impressionne. Cela représente environ 2 millions de barils, la cargaison d'un seul supertanker. Les États-Unis exportent à eux seuls près de 1,5 million de barils de diesel par jour : la grande livraison russe couvre une trentaine d'heures d'exportations américaines. La raison de cette hâte se lit à la pompe. Le diesel coûte plus de 6 dollars le gallon aux États-Unis, 70 % de plus qu'il y a un an, et les Américains votent dans trois semaines.
S'y ajoutent une taxe sur le diesel reportée mais pas supprimée, et le projet d'activer une loi de la guerre froide pour forcer la production de carburant. Toutes ces mesures ont un point commun : une date d'expiration. Elles permettent de tenir quelques semaines, elles ne produisent pas un baril de plus. Et pendant qu'on regardait ailleurs, un ouragan, le plus tardif jamais formé dans une saison atlantique, a conduit à arrêter par précaution plus de 70 % de la production pétrolière du golfe du Mexique vendredi matin. Si des raffineries de la côte sont touchées, la réparation se comptera en mois, sur le produit qui manque déjà partout.
Graphiquement, je ne change rien. Le pétrole a retourné sa tendance de fond en 2020, a consolidé plusieurs années, puis s'est libéré avec le conflit iranien. Depuis trois semaines, il stabilise par de toutes petites variations sous sa résistance historique, et la volatilité se contracte. C'est le comportement d'un marché qui se prépare, pas d'un marché qui s'épuise. Un nouveau plus haut en clôture hebdomadaire serait pour moi le signal de départ d'une nouvelle jambe de hausse, et le pétrole a l'habitude de faire ses mouvements vite ; je situe cette fenêtre entre la fin de l'année et mars 2027 au plus tard. Le panier global des matières premières raconte la même chose : trois semaines de volatilité très faible sous ses records, dans une vague de hausse relancée début 2026. Ce scénario ne serait invalidé que par une cassure de sa ligne de tendance par le bas, ce qui ramènerait le marché à un range comparable à celui de 2023-2025. Nous n'y sommes pas.
L'or a clôturé la semaine à 4 195,11 $, en hausse de 1,3 %, après avoir marqué un plus bas à 4 066,50 $ mercredi : le support de 4 110 $ a cédé en séance, n'a pas été perdu en clôture hebdomadaire, et la bougie laisse une mèche basse de 75 $.
Séance par séance. Lundi, journée étroite entre 4 123 $ et 4 170 $, clôture à 4 140,59 $, inchangée. Mardi, premier passage sous 4 110 $ avec un plus bas à 4 104,33 $, racheté jusqu'à 4 163,81 $. Mercredi, le 10 ans américain grimpe à 5,36 % et l'or décroche à 4 066,50 $, avant de finir à 4 109,57 $ — 43 cents sous le support. Jeudi, le métal tient 4 103 $ et remonte à 4 133,57 $. Vendredi, il part de 4 134 $, monte sans à-coup jusqu'à 4 207,56 $ et clôture à 4 195,11 $, au plus haut de la semaine ou presque.
La semaine dernière, j'écrivais que 4 110 $ était le premier support, et que la zone 4 018-4 024 $ venait ensuite. Le prix est allé à mi-chemin entre les deux, puis il est revenu. Je note trois choses. La première : le plus bas a été fait le jour du pic des taux, et le rebond a commencé dès que le 10 ans s'est détendu ; la hiérarchie des forces n'a pas changé, le marché obligataire commande. La deuxième : la semaine clôture à une douzaine de dollars de son plus haut, après deux semaines terminées près de leurs plus bas. Sur un graphique hebdomadaire, une bougie qui va chercher plus bas puis referme haut est le premier indice d'un creux possible. La troisième, pour ne pas m'emballer : le plus haut de la semaine, 4 207,56 $, reste inférieur à celui de la semaine précédente, 4 280 $. C'est le septième plus haut hebdomadaire décroissant d'affilée. Un indice n'est pas une confirmation.
Je replace cela dans le cadre de fond, parce que c'est lui qui évite les mauvaises décisions. Depuis le record de fin janvier, au-delà de 5 000 $, l'or n'est plus dans une phase de hausse verticale : il est entré dans un range. Dix ans de hausse quasi ininterrompue ont été interrompus, et l'histoire du métal montre qu'après une telle rupture, la phase latérale peut durer des mois, parfois beaucoup plus. Les bornes les plus visibles sont 4 000 $ en bas et 4 700 $ en haut ; mon range élargi va de 3 942 $ à 4 890 $. L'argent dessine la même figure, entre 50 $ et 70 $.
Un repère résume la situation mieux que tous les autres : la moyenne mobile à 200 jours. L'or évolue en dessous, et pour la première fois depuis des années, sa pente devient baissière. Le métal a tenté de repasser au-dessus fin août et a été rejeté le 28. Tant que le prix reste sous cette moyenne et qu'elle descend, le mieux qu'on puisse attendre est un marché neutre. Si le prix la reprend et qu'elle se remet à monter, la porte des records se rouvre. Les indices de sociétés minières aurifères confirment : eux aussi sont passés sous leur moyenne à 200 jours et se sont mis à plat.
Ce que font les gros intervenants est cohérent avec ce tableau, et c'est plutôt rassurant. Sur les contrats à terme, les gestionnaires ont fortement réduit leurs positions acheteuses depuis janvier, mais leurs positions vendeuses restent minuscules : ils encaissent dix ans de hausse, ils ne parient pas sur une chute. Du côté des fonds indiciels adossés à l'or, les flux nord-américains — les plus gros du monde, près de 290 milliards de dollars d'encours — sont à l'équilibre depuis le début de l'année. La demande financière est devenue neutre : elle ne pousse plus, elle ne pèse pas. C'est ce qui me fait privilégier le range plutôt que la cassure de 4 000 $, laquelle ouvrirait la zone de 3 400-3 500 $, l'ancien record de 1980 corrigé de l'inflation.
Sous le marché, deux soutiens ne bougent pas : les achats des banques centrales, avec la Chine et la Pologne encore très actives au dernier trimestre, et la bijouterie indienne et chinoise, qui entre dans sa meilleure saison avec les fêtes et les mariages du quatrième trimestre. Ces forces font tenir les grands supports. Elles ne décident pas de la direction des prochains mois. Pour que la fin d'année soit franchement haussière, il faut que la demande d'investissement revienne, et pour cela il faut deux choses que l'or n'a pas aujourd'hui : un dollar qui cesse de monter et des taux qui cessent de grimper. Depuis fin août, le dollar a pris environ 5 % et l'or en a perdu autant. La relation est presque mécanique.
Mon scénario central reste donc celui d'un range dont la volatilité se réduit peu à peu, pendant plusieurs mois encore, avant qu'une nouvelle tendance ne se dessine. Compte tenu de la puissance du cycle engagé depuis 2024, je pense que cette consolidation demandera moins de temps que les grandes pauses du passé — mais c'est une conviction, pas un fait, et je la traite comme telle.
Les niveaux que je surveille. En résistance : 4 207 $, le plus haut de vendredi, puis 4 219-4 226 $, et surtout 4 235-4 245 $, l'ancien plancher devenu plafond ; au-dessus, 4 280 $. En support : 4 104-4 110 $, défendu mardi et jeudi, puis 4 066 $, le plus bas de la semaine. Dessous, 4 018-4 024 $, puis la base du range à 3 942-3 960 $. Une clôture hebdomadaire sous 3 942 $ m'obligerait à revoir ma lecture de fond. L'argent termine à 60,78 $ (+0,5 %) après un plus bas à 58,51 $ ; le rapport or/argent monte à 69, contre 68,6 la semaine dernière. Le métal blanc a rebondi moins fort que le jaune : le compartiment respire, il ne reprend pas encore de risque.
| Actif | Clôture hebdo | Situation technique | Biais |
|---|---|---|---|
| Or (XAU/USD) | 4 195,11 $ (+1,3 %) | Plus bas à 4 066,50 $ puis clôture près des plus hauts ; septième plus haut hebdomadaire décroissant ; sous la moyenne à 200 jours | Neutre, résistance 4 235-4 245 $ |
| Argent (XAG/USD) | 60,78 $ (+0,5 %) | Plus bas à 58,51 $ ; range 50-70 $ ; rapport or/argent à 69 | Neutre |
| Pétrole (Brent) | 104,53 $ (+1,9 %) | Creux vers 97 $ racheté ; troisième semaine de consolidation sous les sommets | Neutre à haussier |
| Pétrole (WTI) | 91,67 $ (+0,5 %) | Amplitude 86,86-93,20 $ ; volatilité en contraction sous la résistance historique | Neutre à haussier |
| 10 ans US | 5,24 % (−3 pb) | Pic à 5,36 %, plus haut depuis 2002 ; cycle haussier séculaire engagé en 2020 | Haussier sur les taux |
| Dollar (DXY) | 102,23 (+0,3 %) | Première clôture au-dessus de 102, plus haut à 102,54 ; quatrième semaine de hausse ; résistance intermédiaire en approche | Haussier |
| EUR/USD | 1,1197 (−0,5 %) | Figure de retournement validée, deuxième clôture sous 1,1350 ; plus bas à 1,1161 | Baissier, objectif 1,08 |
| S&P 500 | 7 811,54 (+1,2 %) | Record à 7 844,52 mardi ; consolidation contre le pivot des sommets | Haussier, sous surveillance |
| Nasdaq 100 | 30 883 (+0,2 %) | Record à 31 361 puis pire séance depuis mi-août ; calé sur sa résistance historique | Neutre, fond haussier |
| DAX | 25 087 (−0,6 %) | Quatrième semaine de stagnation ; latéralisation dans un canal haussier | Neutre |
| CAC 40 | 7 803 (−1,2 %) | Mèche basse à 7 679 sur le support du canal ; les vendeurs commencent à s'essouffler | Neutre, rebond possible |
| Bitcoin | ≈ 82 800 $ (−4,3 %) | Semaine non close ; plus bas à 80 394 $, test du pivot de 80 500 $ | Haussier au-dessus de 80 500 $ |
L'euro termine à 1,1197 face au dollar, en baisse de 0,5 %, pour une quatrième semaine consécutive de repli ; l'indice dollar clôture à 102,23, sa première clôture hebdomadaire au-dessus de 102.
La semaine dernière, l'euro cassait la zone de 1,1350 qui l'avait soutenu pendant plus d'un an. Cette semaine, il clôture encore plus bas, après un creux à 1,1161. Sur le graphique hebdomadaire, la figure est maintenant complète : entre 2025 et la fin septembre, l'euro a dessiné un large sommet en épaule-tête-épaule, et la ligne de cou a cédé. Deux clôtures hebdomadaires en dessous, c'est un signal validé au sens de l'analyse graphique. Mes repères ne changent pas : un premier objectif vers 1,08, un deuxième vers 1,02 si la pression se maintient, et la zone sous la parité si la situation européenne se complique vraiment. Un retour vers 1,1350 serait une résistance, pas une occasion.
Côté dollar, je m'étais fixé une condition : une clôture hebdomadaire au-dessus de 102. Elle est remplie, à 102,23, avec un plus haut à 102,54. Le dollar reste dans son grand canal ascendant de long terme, il a rebondi sur le bas de ce canal, et tant qu'il y reste, les intervenants le portent — quoi qu'en disent les débats sur son déclin. Je tempère aussitôt : une résistance intermédiaire se présente un peu plus haut, et je m'attends à ce que l'indice y stabilise un bon moment avant, éventuellement, d'aller chercher le sommet du canal.
Un point de méthode, utile pour l'or. L'euro pèse plus de la moitié de l'indice dollar. Quand cet indice monte, il faut se demander si c'est le dollar qu'on achète ou l'euro qu'on vend. En ce moment, c'est d'abord l'euro qu'on sanctionne, à cause de l'écartement des taux à l'intérieur de la zone : la France emprunte à 1,4 point de plus que l'Allemagne. C'est probablement ce qui explique que la hausse du dollar ait pesé sur l'or sans lui faire casser 4 000 $ : ce n'est pas une ruée vers le billet vert, c'est une défiance envers la monnaie unique. Conséquence pratique : pour que l'or reparte franchement, il faudra que l'euro se stabilise, donc que la situation budgétaire s'apaise en Europe. Les cycles de devises sont très longs ; ils se lisent en hebdomadaire et en mensuel, pas en journalier, où il n'y a que du bruit.
Le S&P 500 gagne 1,2 % à 7 812 points après un record à 7 844 mardi ; le Nasdaq 100 n'avance que de 0,2 % à 30 883 après sa pire séance depuis la mi-août ; en Europe, le DAX cède 0,6 % et le CAC 40 1,2 %.
Les arguments des acheteurs sont solides, et je commence par eux. Lundi, le marché haussier né à l'automne 2022 fêtera ses quatre ans ; le S&P 500 a plus que doublé depuis. Les bénéfices des entreprises américaines sont attendus en hausse d'environ 30 % sur le trimestre, après sept trimestres de croissance à deux chiffres. Un fabricant de composants optiques pour centres de données a expliqué cette semaine que sa production était vendue jusqu'à début 2029. La demande d'infrastructure pour l'intelligence artificielle n'est pas une illusion : elle est là, et elle paie les factures. Graphiquement, le S&P 500 est collé à son pivot des sommets après un premier creux estival ; le Nasdaq est calé sur sa résistance historique. Si la volatilité continue de se contracter contre ces niveaux, la sortie par le haut ouvrirait un mouvement directionnel, que je situerais plutôt au premier trimestre 2027.
Jeudi a pourtant montré sur quoi cet étage est construit. La presse financière a rapporté qu'OpenAI aurait communiqué à ses investisseurs un chiffre d'affaires annualisé d'environ 50 milliards de dollars, quand il était question de 70 milliards en septembre. Le Nasdaq a perdu 1,25 %, les grands noms des semi-conducteurs entre 3 % et 5 %, et plusieurs centaines de milliards de capitalisation ont disparu en un après-midi. Le soir même, on expliquait que l'écart tenait à la façon de compter les revenus de partenariats ; vendredi, que les 70 milliards seraient atteints d'ici la fin de l'année. Le marché a rebondi comme si de rien n'était. Le chiffre en lui-même m'importe peu. Ce qui m'importe, c'est qu'une société non cotée, dont personne n'a vu de comptes audités, puisse déplacer des centaines de milliards avec un chiffre que personne ne calcule de la même manière.
Deux mesures complètent le tableau. L'indice des semi-conducteurs gagne 77 % depuis janvier, sa meilleure année depuis 1999, mais il se trouve à 14 % sous son sommet de juin. Et l'écart entre le S&P 500 et sa version où chaque valeur pèse le même poids n'a jamais été aussi grand : une poignée de titres porte l'indice pendant que le reste de la cote suit de loin. C'est exactement la question que je me pose en regardant le graphique : les indices résistent remarquablement bien à des vents contraires — taux, pétrole, dollar — qui auraient dû les faire plier, et je ne sais pas combien de temps une minorité d'actions peut tenir l'ensemble. Si la vague inflationniste garde son élan, une correction sérieuse des actions dans quelques trimestres est un scénario que je ne peux pas écarter.
En Europe, la séance de vendredi a été la meilleure depuis juillet, mais elle ne sauve pas la semaine. Le DAX stagne depuis quatre semaines autour d'un pivot, dans une phase latérale que j'attends plus calme à mesure que le support se confirme. Le CAC 40, plus volatil, est allé chercher 7 679 points, sur le bas de son canal haussier, et laisse une mèche : c'est typiquement la zone où les vendeurs se retirent et où les acheteurs reviennent. Je privilégie un rebond heurté, puis une volatilité qui s'apaise, tant que ce canal n'est pas cassé par le bas.
Première anomalie : une grande compagnie aérienne américaine abaisse sa prévision de bénéfice annuel, de 6,50-7,50 $ à 5,10-5,60 $ par action, tout en constatant une demande très forte, avec des billets 23 % plus chers qu'il y a un an. Un consommateur au moral au plus bas, en retard sur ses crédits, qui prend l'avion plus cher que jamais : il n'y a qu'une façon de faire les deux, et elle s'appelle la carte de crédit. Deuxième anomalie : les opérateurs télécoms, le secteur défensif par excellence, ont perdu entre 8 % et 13 % en une séance vendredi, après le rachat de fréquences pour 8 milliards de dollars par un opérateur de satellites. La partie réputée la plus sûre des portefeuilles a perdu plus en un jour que le Nasdaq lors de sa pire séance du mois. Troisième anomalie : le calendrier. Le 9 octobre 2007, le S&P 500 signait un record alors que les banques baissaient depuis le début de l'année. L'indice regarde les bénéfices, les banques regardent les remboursements, et sur un an ou deux, les remboursements ont presque toujours le dernier mot. Ce n'est pas une prévision ; c'est un précédent.
Je ne suis pas baissier sur les actions américaines, et rien ne s'effondre lundi. Mais je constate que tout ce qui a tenu le marché cette semaine porte une date de péremption : pas d'attaque avant le 3 novembre, des sanctions levées jusqu'au 7 avril, une taxe reportée, des réserves qu'il faudra un jour reconstituer. Et chaque mauvaise nouvelle a été reclassée : on retient « pas d'attaque » et on oublie « avant » ; 20 milliards manquants deviennent une question de méthode de calcul ; un moral des ménages au plancher devient « ils consomment quand même ». Chaque lecture se défend. Toutes ensemble, elles décrivent un marché qui roule avec une réparation provisoire. Pour un trader d'or, le rappel est le même que les semaines précédentes : le jour où les actions se retournent pour de bon, la première réaction est une vente générale, métaux compris.
Bitcoin se traite autour de 82 800 $ ce samedi, en baisse de 4,3 % sur la semaine en cours, après un plus bas à 80 394 $ : le pivot de 80 500 $ a été touché, à une centaine de dollars près, et il a tenu.
Depuis sa validation il y a trois semaines, ce seuil n'avait jamais été retesté. C'est fait. Le marché est descendu le vérifier après avoir buté deux fois sur la zone de 87 200-87 400 $, et il est remonté de plus de 2 000 $. Un pivot cassé par le haut, retesté par le bas et défendu, c'est le comportement attendu d'un ancien plafond devenu plancher. Tant que la clôture hebdomadaire de dimanche reste au-dessus de 80 500 $, ma lecture tient : Bitcoin est sorti de son marché baissier, a traversé une phase de range, et se trouve dans un état de tendance haussière potentielle. La première étape logique serait un retour vers les anciens sommets ; le haut du grand canal qu'il suit depuis 2019 ne viendrait qu'ensuite, et seulement si le marché s'emballe.
Je nuance une idée répandue. On présente souvent Bitcoin comme une protection contre l'inflation. C'est une de ses casquettes, pas la seule : il est d'abord lié au cycle de l'énergie, puisqu'il se loge en bout de chaîne énergétique et valorise des surplus de production. Dans un cycle où l'énergie et les matières premières montent, il a des raisons de bien se comporter — mais il reste, à court terme, un actif de risque. La semaine l'a rappelé : il a reculé pendant que l'or remontait. L'Ether recule davantage, à 2 497 $ (−8,4 %), toujours dans le grand range qui l'enferme depuis 2021 ; les actions liées à la blockchain consolident en drapeau depuis fin 2025, une figure de continuation, à l'intérieur d'un canal haussier engagé en 2023. Mon cadre : haussier au-dessus de 80 500 $, signal d'accélération sur une clôture hebdomadaire au-dessus de 87 400 $, et retour au neutre en cas de clôture sous le pivot.
Quand je mets tous les graphiques côte à côte, ils racontent la même histoire, et je la trouve d'une grande cohérence. Les taux longs montent dans un cycle engagé en 2020. Le pétrole et les matières premières consolident sous leurs sommets, volatilité en baisse, comme avant un nouveau départ. Le dollar monte, l'euro casse. Les obligations longues souffrent. Tout cela décrit une seconde vague inflationniste en train de se mettre en place. Un seul compartiment ne suit pas le scénario : les actions, qui tiennent grâce à une poignée de valeurs. Et un seul acteur semble avoir déjà commencé à écrire la facture : le marché du crédit.
Pour l'or, ce contexte est favorable sur le fond et défavorable à court terme, et il faut tenir les deux idées en même temps. Favorable, parce qu'un monde de dettes renouvelées à 5 %, de ménages en retard sur leurs crédits et de solutions à durée déterminée finit par ramener les capitaux vers un actif sans contrepartie. Défavorable, parce que tant que les taux et le dollar montent, le métal reste dans son range. La bougie de cette semaine est un premier signe encourageant, pas davantage : un plus bas racheté, mais un septième plus haut décroissant et un prix toujours sous sa moyenne à 200 jours.
Concrètement : je passe d'un biais baissier de court terme à un biais neutre. Le test décisif est la zone 4 235-4 245 $ : tant qu'elle n'est pas reprise en clôture quotidienne, un rebond reste un rebond. En dessous, 4 104-4 110 $ puis 4 066 $ sont les niveaux à défendre ; s'ils cèdent, 4 018-4 024 $ et la base du range à 3 942-3 960 $ redeviennent les cibles. Je ne traite pas le milieu : j'attends le prix sur une borne, je regarde s'il rejette, et je fixe mon invalidation avant d'entrer. Les trois juges de la semaine sont connus : les provisions des banques mardi, l'inflation américaine mercredi, et le 10 ans américain face à la zone 5,30-5,36 %.
Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.
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