Blog · Analyse hebdomadaire · Samedi 15 août 2026

Or 4 380 $, VIX à 14,5 : mon analyse du 15 août 2026

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Or 4 380 $, VIX à 14,5 : mon analyse du 15 août 2026 — Gold Strategies

Il y a des semaines où je regarde mes écrans et où je me demande si je suis en train de lire le bon graphique. Cette semaine en fait partie. D'un côté, un détroit stratégique fermé depuis bientôt six mois, un baril qui reprend 8 %, une dette fédérale américaine qui s'apprête à franchir les 40 000 milliards de dollars et un 30 ans qui campe à des niveaux qu'on n'avait plus vus depuis 2007. De l'autre, un indice de volatilité qui clôture à 14,5 — exactement le niveau de la veille de Noël dernier, quand le monde était encore calme.

Ce grand écart, ce n'est pas un détail de marché. C'est le sujet de la semaine. Quand le prix de l'assurance retombe au plancher alors que la maison a pris feu dans trois pièces, il n'y a que deux explications possibles : soit l'incendie est moins grave qu'on ne le croit, soit le détecteur de fumée a été débranché. Je ne prétends pas savoir laquelle est la bonne. Mais je sais qu'un marché qui a cessé de facturer le risque est un marché où la gestion du risque redevient mon travail à moi, pas celui de l'indice.

Concrètement, l'or a fait exactement ce que j'attendais de lui : il est monté chercher 4 440 $ après une inflation américaine plus douce que prévu, il s'est fait vendre dans la foulée, et il a rebondi vendredi pour finir autour de 4 380 $. Une semaine légèrement négative en apparence, mais qui, dans la structure, ne casse strictement rien. Voici ma lecture complète, actif par actif.

📌 À retenir cette semaine

  • Or : plus haut à 4 440 $ mercredi (sommet depuis le 5 juin), plus bas à 4 311 $ vendredi, clôture autour de 4 380 $
  • Argent : 65,3 $, +2 % sur la semaine, ratio or/argent stabilisé autour de 68
  • VIX : clôture à 14,5, soit le niveau exact de la trêve de Noël, malgré un détroit d'Ormuz toujours bloqué
  • Inflation US : CPI de juillet à 3,4 % sur un an (3,5 % en juin), cœur à 2,5 % ; prix à la production à 4,7 %
  • Taux : 30 ans à 5,27 % en séance, au plus haut depuis 2007 ; 10 ans monté à 4,73 % avant de revenir vers 4,65 %
  • Brent : 88,9 $, environ +8 % sur la semaine, avec six séances de hausse consécutives
  • S&P 500 : nouveau record absolu jeudi, clôture à 7 785 points, +0,4 % sur la semaine ; Russell 2000 également au plus haut historique
  • Dollar : DXY toujours bloqué sous 100, EUR/USD à 1,1523 après un plus haut de deux mois
  • Bitcoin : 62 875 $, −2 % sur la semaine, au plus bas depuis le 3 août, toujours enfermé entre 60 000 et 65 000 $

Le marché obligataire refuse toujours de signer

Le 2 ans baisse, le 30 ans est monté à 5,27 % : le marché accepte de croire à une pause de la Fed sur six mois, pas à sa solvabilité sur trente ans.

C'est le même signal que la semaine dernière, en plus net. La partie courte de la courbe américaine s'est détendue : le 2 ans est revenu autour de 4,22 %, parce que le marché a fini par intégrer que la banque centrale ne remonterait probablement pas ses taux en septembre. La probabilité d'une hausse le 16 septembre est retombée à 40 %, contre plus de 55 % une semaine plus tôt. Sur le papier, c'est une bonne nouvelle et le marché actions l'a traitée comme telle.

Sauf que la partie longue ne suit pas. Le 10 ans est monté jusqu'à 4,73 % en milieu de semaine, un sommet depuis janvier 2025, avant de revenir vers 4,65 % après les chiffres d'inflation. Et surtout le 30 ans a tapé 5,27 %. Il faut remonter à 2007 pour retrouver ce niveau — c'est-à-dire à quelques mois de l'épisode que tout le monde a en tête. Ce n'est pas un problème de politique monétaire, parce que si c'en était un, le 2 ans monterait aussi. C'est un problème de durée, de dette et d'inflation importée par le baril.

Le chiffre qui donne le vertige, c'est le coût annualisé des intérêts sur la dette fédérale américaine : environ 1 380 milliards de dollars par an. Uniquement les intérêts, pas le remboursement du principal. Cela représente 4,2 % du PIB américain, le niveau le plus élevé depuis 1997, et à peu près 4 000 dollars par habitant et par an. Fin 2020, ce poste pesait 2,3 % du PIB. La facture a presque triplé en cinq ans. Pendant ce temps, l'encours total approche 39 900 milliards et franchira les 40 000 avant la fin du mois.

Pourquoi j'insiste sur ce point dans une analyse qui parle d'or ? Parce que c'est exactement le carburant du métal. Un investisseur qui prête à trente ans à un État dont la charge d'intérêts explose commence à se demander avec quelle monnaie il sera remboursé. C'est ce doute-là, pas le CPI du mois, qui tient l'or au-dessus de 4 000 $ depuis des mois. Tant que le 30 ans reste scotché au-dessus de 5 %, le plancher de l'or reste solide.

Une inflation qui arrange tout le monde, et c'est bien le problème

Le CPI est sorti à 3,4 % sur un an, pile dans les attentes, porté par une baisse de l'énergie qui n'a pas vraiment eu lieu à la pompe.

Les prix à la consommation de juillet sont ressortis à +0,1 % sur le mois et 3,4 % sur un an, contre 3,5 % en juin. Le cœur, hors alimentation et énergie, à +0,2 % sur le mois et 2,5 % sur douze mois. Quatre chiffres attendus, quatre chiffres tombés exactement dans le consensus. Le marché a lu le titre, a compris « la Fed ne bougera pas », et a acheté en moins d'une minute.

Quand on ouvre le rapport, c'est l'énergie qui a fait descendre l'indice. C'est là que je tique. En juillet, le baril est passé de 68 $ au début du mois à 92 $ le 24, avant de refluer vers 84 $. Et le prix moyen du gallon à la pompe aux États-Unis est passé d'environ 3,85 $ au 1er juillet à 4,11 $ au 31. Dans le même rapport, les billets d'avion prennent 2,2 % sur un mois, les services médicaux 0,6 %, les voitures d'occasion repartent. Autrement dit : l'essence monte, les billets s'envolent, le médical accélère, et l'inflation ralentit.

Je ne crois pas à un complot, je crois à une composition d'indice qui arrange trois acteurs en même temps : une banque centrale qui n'a pas envie de remonter ses taux, un exécutif qui a besoin de dire que les prix baissent, et un marché qui cherchait une raison d'acheter au mois d'août. Quand un chiffre arrange tout le monde, je me méfie du chiffre.

Et il faut rappeler ce que veut dire une inflation qui « baisse ». Elle ne veut pas dire que les prix redescendent, elle veut dire qu'ils montent moins vite. Depuis 2019, les prix américains ont augmenté d'environ 33 %, et on continue d'ajouter 3,4 % par an au-dessus de cette base. Ce n'est pas un retour à la normale, c'est un nouveau point de départ. Cette érosion silencieuse est précisément la raison pour laquelle je considère l'or comme une brique de patrimoine et pas seulement comme un instrument de trading.

Le vendredi a confirmé la tendance : les prix à la production sont restés calmes sur le mois, mais à 4,7 % sur un an. On applaudit un chiffre qui reste largement au-dessus de la progression moyenne des salaires. Le niveau d'exigence a changé : aujourd'hui, une bonne nouvelle, c'est l'absence de mauvaise nouvelle.

⚠ Point de vigilance — le 26 août sera la vraie séance du mois

Deux événements tombent le même jour : la publication du PCE de juillet, la mesure d'inflation sur laquelle la Fed calibre réellement son objectif de 2 %, et les résultats trimestriels du premier fabricant mondial de puces d'IA après la clôture. Le premier fixe le coût du capital pour la planète entière, le second alimente le narratif qui porte les indices. D'ici là, deux semaines de volumes d'août, avec la moitié des gérants absents — c'est exactement le type de fenêtre où les mouvements partent sans prévenir et où je réduis la taille de mes positions plutôt que de la subir.

Pétrole : le prix monte, les stocks aussi, et personne ne réconcilie les deux

Le Brent finit la semaine à 88,9 $ après six séances de hausse, alors que les stocks américains ont bondi de 17,4 millions de barils et que la demande mondiale est révisée en baisse.

C'est le dossier le plus schizophrène du moment. D'un côté, le détroit d'Ormuz reste bloqué depuis fin février. Les flux de brut y sont tombés à environ 4,9 millions de barils par jour, contre 21,6 millions au dernier trimestre 2025. C'est l'équivalent de la consommation cumulée de plusieurs grands pays européens qui a disparu du circuit mondial. Lundi, le baril a repris 5 % d'un coup, le gaz européen 11 %, le diesel 10 %, parce qu'on tire désormais aussi sur des raffineries ailleurs dans la région.

De l'autre côté, deux données de la semaine racontent l'inverse. Les stocks de brut américains ont bondi de 17,4 millions de barils en une seule semaine, très au-dessus des attentes. Et l'agence internationale a révisé la demande mondiale à la baisse de 1,6 million de barils par jour, contre −1 million le mois précédent. Traduction : il y a plus de pétrole disponible que ne le suggère le récit de pénurie, et moins de consommateurs en face. Résultat, le Brent s'est pris 2 % jeudi avant de se stabiliser autour de 88,9 $ vendredi. Le WTI finit à 83,1 $.

Il y a un troisième élément que je surveille de très près, et qui relève plutôt du moyen terme : la réserve stratégique américaine est passée sous les 300 millions de barils, à 298,7 précisément, son plus bas niveau depuis 1983. Fin février, avant le blocage, elle contenait 415 millions. On a vidé les deux tiers d'une citerne en six mois, et une part de ce qui reste n'est pas immédiatement récupérable pour des raisons d'infrastructure. L'amortisseur qui a servi à contenir les chocs de prix depuis février est en train de disparaître.

Ma lecture opérationnelle : tant que le Brent tient au-dessus de 84 $, je garde un biais haussier. Une cassure au-dessus de 90 $ ouvre la porte à un retour vers les 95-100 $ testés en juillet, et cette hypothèse-là aurait des conséquences directes sur le CPI d'août — donc sur la Fed, donc sur l'or. À l'inverse, un retour sous 84 $ signerait que le marché arrête définitivement de payer la prime géopolitique, et là il faudra réviser toute la chaîne.

L'or : 4 440 $ touché, 4 311 $ défendu, la structure intacte

Le métal a fait un aller-retour complet de 130 dollars dans la semaine et termine à 4 380 $ : c'est le comportement normal d'un range qui digère, pas d'une tendance qui se retourne.

Reprenons le film. L'or est entré dans la semaine au contact des 4 400 $, après avoir repris plus de 7 % la semaine précédente sur des chiffres d'emploi désastreux. Mercredi, l'inflation plus douce que prévu a fait le reste du travail : le métal est monté chercher 4 440 $, son meilleur niveau depuis le 5 juin. Jeudi, prise de bénéfices classique, −1,3 %. Vendredi matin, nouveau plus bas de la semaine à 4 311 $, puis rebond de 0,7 % pour finir autour de 4 379 $.

Sur le papier, la semaine est légèrement négative. Dans la structure, elle ne casse rien du tout. Le plus bas de vendredi à 4 311 $ est venu chercher exactement la zone que j'avais identifiée comme premier support, et les acheteurs y étaient. C'est précisément ce que je veux voir dans un range haussier : des replis qui trouvent preneur avant le support majeur, pas des replis qui l'enfoncent.

Ma cartographie pour la semaine prochaine est simple. En dessous, deux niveaux : 4 311 $, le plus bas de vendredi, qui devient le premier vrai test ; puis 4 250 $, la base du range de ces trois dernières semaines, dont la perte remettrait en cause tout le scénario de continuation. Au-dessus, 4 440 $ est la résistance immédiate, celle qui a rejeté deux fois. Sa cassure en clôture ouvre mécaniquement le chemin vers 4 500 $, un seuil psychologique que le marché n'a encore jamais franchi.

L'argent, lui, a fait mieux que l'or : autour de 65,3 $, en hausse de plus de 2 % sur la semaine, avec un ratio or/argent stabilisé vers 68. Ce ratio reste un bon thermomètre : quand il se comprime, c'est que le compartiment métaux est porté par autre chose que la seule peur — la demande industrielle et le levier spéculatif prennent le relais. Historiquement, dans ces phases, l'argent surperforme à la hausse et corrige plus violemment à la baisse. C'est un actif que je traite avec des positions plus petites, pas avec les mêmes tailles que l'or.

Sur le fond, rien n'a changé dans ma thèse : tant que le 30 ans américain reste au-dessus de 5 %, que la charge d'intérêts de la dette dépasse 1 300 milliards par an et que l'inflation refuse de revenir à 2 %, le métal garde son socle. Ce qui peut le faire souffrir à court terme, c'est un dollar qui repasse au-dessus de 100 ou une vraie détente au Moyen-Orient. Ni l'un ni l'autre n'est arrivé cette semaine.

Synthèse graphique — biais par actif

ActifSituation techniqueBiais
Or (XAU/USD)Range 4 250–4 440 $, support de vendredi tenu à 4 311 $, cassure haussière au-dessus de 4 440 $Haussier
Argent (XAG/USD)65,3 $, +2 % sur la semaine, ratio or/argent à 68 — plus rapide que l'or dans les deux sensHaussier
Pétrole (Brent)88,9 $ après six séances de hausse ; 84 $ en support, 90 $ en résistance à casserHaussier
EUR/USD1,1523 après un plus haut de deux mois ; pivot à 1,1566, support à 1,1450Neutre
Dollar (DXY)99,8 — deuxième séance de baisse, toujours incapable de reprendre la barre des 100Baissier
S&P 500Record absolu à 7 785 points, élargissement confirmé par le Russell 2000 au plus hautHaussier
Bitcoin62 875 $, coincé entre 60 000 et 65 000 $ depuis trois semaines, plus bas depuis le 3 aoûtNeutre
Taux 30 ans US5,27 % en séance, plus haut depuis 2007 ; aucune détente malgré la pause attendue de la FedHaussier

Le dollar reste prisonnier de son plafond

Le DXY a glissé vers 99,8 pour la deuxième séance consécutive et l'euro est allé chercher un plus haut de deux mois : tant que 100 tient en résistance, l'or a le vent dans le dos.

L'indice dollar a reculé à mesure que les chiffres d'inflation retiraient de la pression sur la Fed. Il finit la semaine autour de 99,8-99,9, c'est-à-dire toujours sous la barre des 100 qu'il n'arrive plus à reprendre depuis plusieurs semaines. L'euro, de son côté, est brièvement passé au-dessus de sa moyenne mobile à 100 jours vers 1,1566 pour toucher un sommet de deux mois, avant de refluer à 1,1523.

Ce niveau de 1,1566 est devenu mon pivot de référence sur la paire. Au-dessus en clôture hebdomadaire, l'euro confirme et l'on peut viser 1,1650-1,17. En dessous, on reste dans un range latéral dont la base se situe vers 1,1450. Pour l'instant, aucun des deux camps n'a gagné, et c'est pour ça que je reste neutre sur la paire tout en gardant un biais négatif sur le dollar lui-même.

Il y a un dossier de change beaucoup plus intéressant en arrière-plan : le yen. Fin juillet, une intervention combinée — inédite dans sa forme, puisqu'elle a associé les deux banques centrales sur instruction politique des deux ministères des finances — a cassé 800 pips sur le dollar-yen après un sommet à 164. Toutes les interventions précédentes du Japon seul avaient échoué : la tendance haussière reprenait dans les jours qui suivaient. Cette fois, il y a deux signatures au bas de la page.

Ma lecture technique reste prudente : tant que le dollar-yen se maintient au-dessus de 150-152, je ne considère pas que le sommet majeur est validé. L'écart de taux reste massivement en faveur du dollar — 3,75 % contre 1 % au Japon — et c'est cet écart qui alimente le carry trade depuis quinze ans. La vraie réponse arrivera à la mi-septembre : la Fed décide le 16, la banque centrale japonaise le 18. Si Tokyo ne monte pas ses taux à cette occasion, le mouvement de rebond du yen n'aura été qu'une parenthèse. Et un yen qui repart à la baisse, c'est de la liquidité qui revient nourrir les actifs risqués — donc un facteur de soutien indirect pour les indices, et un frein pour l'or.

Indices : le record est là, l'assurance est au plancher

Le S&P 500 a signé un nouveau record à 7 785 points et l'élargissement est enfin réel, mais le VIX à 14,5 signale un marché qui a cessé de payer pour se protéger.

Commençons par la bonne nouvelle, parce qu'il y en a une et qu'elle est importante. Depuis des mois, je répète que la hausse américaine était trop étroite : une dizaine de mastodontes qui tiraient l'indice pendant que le reste de la cote se traînait. Cette semaine, ça a changé. Jeudi, deux tiers des valeurs étaient dans le vert et l'indice des petites capitalisations a lui aussi inscrit un plus haut historique, avec quatre séances de hausse consécutives. Ce sont des entreprises sans data center ni discours sur l'intelligence artificielle à vendre. Quand elles participent, la hausse est structurellement plus saine.

La saison de résultats aide : plus de 30 % de croissance bénéficiaire sur le trimestre, 76 % de sociétés au-dessus des attentes — le meilleur taux depuis cinq ans — et dix secteurs sur onze en croissance. Plus intéressant encore, les sociétés non technologiques ont dépassé les attentes de 10 % en moyenne, soit plus du double des géants de l'IA. Ce n'est pas rien.

Maintenant, la partie qui me gêne. Le VIX a clôturé à 14,5. Ce chiffre, c'est le prix que le marché accepte de payer pour s'assurer contre une baisse. À 14,5, il est revenu exactement au niveau de la veille de Noël dernier — un moment où personne n'imaginait une seule seconde ce qui allait se passer ensuite. Depuis, un détroit stratégique s'est fermé, un blocus naval s'est installé, et le thermomètre de la peur est revenu à son point de départ. Ce n'est pas de la sérénité, c'est de l'accoutumance : le risque n'a pas disparu, on a simplement arrêté de le regarder.

Un deuxième signal me travaille, et il vient du crédit, pas des actions. Le coût de l'assurance contre un défaut du champion mondial des puces d'IA a doublé en dix semaines, passant d'une quarantaine de points de base fin mai à un record autour de 837 fin juillet, pour se stabiliser vers 780. Pendant ce temps, l'action n'a pas bougé. Quand le marché actions et le marché du crédit racontent deux histoires opposées sur la même société, mon expérience me dit que ce n'est pas l'obligataire qui se trompe. Il faut dire que la société en question vient d'annoncer un montage de 500 milliards de dollars avec six grands gérants d'actifs pour financer l'achat de ses propres produits par ses propres clients, en se portant partiellement garante des prêts. Vendeur, banquier et garant à la fois : le marché a trouvé ça malin, le crédit a trouvé ça cher.

La semaine a d'ailleurs offert un condensé assez parfait de l'ambiance : un équipementier réseau qui bat les attentes sur toute la ligne et perd 8,4 % à cause de deux points de marge brute rognés par le prix des composants mémoire ; un fabricant de mémoire qui prend 13,7 % en publiant des prévisions jusqu'en 2030 dans le secteur le plus violemment cyclique de la technologie ; et une société qui n'a rien publié du tout mais gagne 18 % sur une rumeur de rachat. Battre le consensus ne suffit plus, c'est devenu le minimum syndical.

Côté Europe, le DAX finit autour de 26 331 points et le CAC 40 à 8 675, tous deux en léger repli sur la séance de vendredi. Les indices européens restent à la traîne du mouvement américain, ce qui n'a rien de nouveau cette année.

Bitcoin : toujours le mauvais élève de la fête

À 62 875 $, le bitcoin recule de 2 % sur la semaine et retourne au bas de son range — il ne participe toujours pas au mouvement de risque général.

Voilà maintenant plusieurs semaines que je fais le même constat, et je vais continuer tant qu'il sera vrai : le bitcoin est le seul actif de mon univers de suivi qui refuse de suivre. Pendant que les actions américaines inscrivent des records et que l'or travaille au-dessus de 4 300 $, il termine la semaine à 62 875 $, en baisse de plus de 2 %, à son plus bas niveau depuis le 3 août. Le plus haut de la semaine a été de 64 800 $, et le range 60 000-65 000 tient toujours.

Techniquement, c'est de la compression pure. Trois semaines dans une bande de 5 000 dollars, avec des volumes d'août. Ce genre de configuration finit toujours par produire un mouvement, mais je n'ai aucune indication fiable sur sa direction avant la sortie effective du range. Ma discipline sur ce type de structure est simple : je n'anticipe pas, j'attends la cassure confirmée en clôture journalière. Au-dessus de 65 000 $, le chemin se dégage vers 68 000. Sous 60 000 $, la structure baissière de fond reprend la main et j'ouvre la porte à un test des 55 000.

Ce qui m'intéresse le plus, en réalité, c'est ce que cette absence raconte du reste. Historiquement, le bitcoin est un capteur de liquidité avancé : quand l'argent coule à flots, il monte le premier ; quand il se raréfie, il ralentit avant les autres. Le fait qu'il stagne pendant que le S&P 500 fait des records n'est pas anodin. C'est peut-être le signe que la hausse des indices est portée par de la rotation interne plus que par de l'argent nouveau qui entre dans le système.

🎯 Ma vision

Je reste constructif sur l'or et je le reste pour une raison de fond, pas pour une raison de séance : rien dans les données de cette semaine n'a réparé le problème de dette et de durée qui tient le métal depuis le début de l'année. Un 30 ans à 5,27 %, 1 380 milliards de dollars d'intérêts annuels, une inflation qui refuse de descendre sous 3 % et un dollar incapable de reprendre 100 — c'est le décor dans lequel l'or a monté toute l'année, et il est intact. Le repli de jeudi à 4 311 $ ne m'a pas fait changer d'avis ; il m'a montré où étaient les acheteurs. Tant que 4 250 $ tient, je considère le mouvement comme une respiration.

Ce qui appelle de la prudence, c'est le contexte général. Un VIX à 14,5 dans un monde à ce niveau de tension, ce n'est pas un feu vert, c'est un signal de complaisance. Les marchés ne s'écroulent jamais quand tout le monde a peur ; ils s'écroulent quand plus personne n'a peur. Concrètement, dans les deux semaines qui viennent — volumes d'août, échéance du 26 avec l'inflation PCE et les résultats du secteur IA le même jour — je réduis mes tailles plutôt que de les augmenter, je place mes stops avant d'entrer et pas après, et j'accepte de rater une partie du mouvement plutôt que de me faire piéger dans un marché sans profondeur. Être préparé, ce n'est pas prévoir : c'est savoir à l'avance ce qu'on fait dans chaque scénario.

Questions fréquentes de la semaine

L'or a baissé cette semaine : est-ce que la tendance haussière est terminée ?
Non, et la différence est importante. Le métal a fait un aller-retour de 130 dollars entre 4 440 $ et 4 311 $ pour finir autour de 4 380 $ : c'est un mouvement de digestion à l'intérieur d'un range, pas une cassure. Ce que je surveille pour changer d'avis, c'est une clôture sous 4 250 $. Tant que ce niveau tient, je considère qu'on est dans une pause et non dans un retournement.
Pourquoi le VIX à 14,5 vous inquiète-t-il alors que les indices montent ?
Parce que le VIX mesure le prix de la protection, pas la direction du marché. À 14,5, il est revenu au niveau de Noël dernier, alors qu'entre-temps un détroit stratégique s'est fermé et qu'un blocus naval s'est installé. Ce n'est pas la hausse qui me gêne, c'est le fait que plus personne ne paie pour se couvrir. Dans un marché comme celui-là, la protection coûte peu — c'est justement le moment de s'en occuper, pas quand tout le monde en voudra.
Un pétrole à 89 $ est-il bon ou mauvais pour l'or ?
Plutôt bon, mais par un chemin indirect. Un baril élevé nourrit l'inflation, l'inflation empêche la banque centrale d'assouplir, et un taux réel qui reste sous pression soutient le métal. Le risque inverse existe : si le baril montait franchement au-dessus de 100 $ et forçait une remontée des taux directeurs, l'or souffrirait à court terme. C'est pourquoi je surveille les 90 $ sur le Brent comme un niveau qui compte pour mon scénario or, pas seulement pour l'énergie.
Faut-il acheter du bitcoin sur ce repli à 62 800 $ ?
Je ne donne pas de conseil d'achat et chacun décide selon sa situation. Ce que je peux dire, c'est comment je traite cette configuration : le bitcoin est enfermé entre 60 000 et 65 000 $ depuis trois semaines, donc je n'anticipe pas la sortie. J'attends une clôture journalière au-dessus de 65 000 ou en dessous de 60 000 avant de considérer qu'il se passe quelque chose. Acheter au milieu d'un range, c'est payer un stop large pour un objectif court.
Quelles sont les dates à noter pour les semaines qui viennent ?
Trois échéances structurent la rentrée. Le 26 août d'abord, avec la publication de l'inflation PCE de juillet le matin et les résultats du principal acteur de l'IA le soir : deux catalyseurs majeurs en une journée. Puis le 16 septembre pour la décision de la Fed, avec une probabilité de hausse actuellement autour de 40 %. Et le 18 septembre pour la banque centrale japonaise, dont la décision déterminera si le rebond du yen était un tournant ou une parenthèse. D'ici là, nous sommes en plein désert d'août, avec des volumes réduits et des mouvements qui peuvent partir sans raison apparente.

Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.

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