Blog · Analyse hebdomadaire · Samedi 29 août 2026

Mardi, l'or touchait 4 696,76 $. C'était son meilleur niveau depuis cinq mois, l'aboutissement d'un rebond de 19 % entamé début juillet, et à ce moment-là tout le monde regardait déjà 4 800 $. Vendredi soir, il clôturait à 4 454,37 $. Cent quarante-six dollars perdus sur la seule séance de vendredi, soit −3,18 % en une journée, et toute la semaine effacée.
Entre les deux, il ne s'est rien passé de spectaculaire. Pas de krach, pas de faillite, pas de guerre nouvelle. Il s'est passé un homme qui a parlé vingt minutes dans le Wyoming. Le président de la Fed donnait vendredi après-midi son premier grand discours depuis sa prise de fonction en mai, et il a dit une chose très simple : l'inflation est encore trop haute, la politique monétaire n'est pas restrictive, et il faudra peut-être monter les taux. Trois phrases. Cent quarante-six dollars.
Je trouve cette semaine instructive, et pas seulement pour l'or. Parce qu'elle range enfin les choses dans le bon ordre. Depuis trois semaines, le marché racontait une histoire de dette qui dérape, de Trésor qui rachète son propre papier, de taux longs incontrôlables — et l'or montait là-dessus. Cette semaine, le marché obligataire a raconté exactement l'histoire inverse, et il l'a racontée par le bout de la courbe que presque personne ne regarde. Le 30 ans a baissé de six centièmes. Le 2 ans a pris douze centièmes et a clôturé au plus haut de la semaine. Traduction : on ne craint plus que l'État ne rembourse pas, on craint que la banque centrale serre. Ce n'est pas du tout le même monde, et l'or ne se comporte pas du tout pareil dans les deux.
Le 2 ans américain a pris 12 points de base à 4,36 % pendant que le 30 ans en perdait 6 à 5,21 % : l'écart entre les deux s'est resserré de 18 points en cinq séances, et c'est le mouvement le plus important de la semaine.
Reprenons, parce que ce détail est le nœud de tout le reste. Depuis le début du mois, le marché obligataire américain racontait une histoire de défiance : le 30 ans montait vers 5,34 %, le Trésor descendait lui-même dans l'arène pour racheter sa propre dette longue, et chaque centième supplémentaire se lisait comme une prime de risque politique. Dans ce décor-là, l'or est roi. Il l'a d'ailleurs prouvé : +14 % en trois semaines.
Cette semaine, le décor a changé de côté. Le 30 ans est passé de 5,276 % à 5,213 %. Le 10 ans n'a pas bougé d'un cheveu, il finit à 4,73 % contre 4,736 % la semaine précédente, avec un passage à 4,619 % en cours de route. Et pendant ce temps le 2 ans, l'échéance qui colle le plus directement aux décisions de la banque centrale, est passé de 4,24 % à 4,36 %. Il a clôturé vendredi sur son plus haut niveau de la semaine, ce qui est rarement un hasard : quand un actif termine la semaine au sommet de son propre range, c'est que les acheteurs — ici les vendeurs d'obligations — n'avaient pas fini.
Un aplatissement par le court, c'est la signature d'un marché qui intègre un resserrement monétaire. Et c'est exactement l'inverse de ce que l'or aime. L'or ne verse pas de coupon : son coût d'opportunité, c'est le rendement réel de la partie courte de la courbe. Quand le 2 ans monte de douze centièmes en une semaine avec une inflation qui n'accélère pas, le rendement réel court monte d'autant, et détenir du métal devient mécaniquement plus cher. Ce n'est pas une opinion, c'est de l'arithmétique.
Le tableau ne se limite pas aux États-Unis. Le Bund allemand à 10 ans finit à 3,29 %, l'OAT française à 4,14 %. Les niveaux restent historiquement élevés des deux côtés de l'Atlantique, mais la dynamique de la semaine, elle, a été américaine et courte. Le reste a suivi.
Le PCE de juillet est ressorti à 3,7 % sur un an contre 3,6 % attendu, avec un noyau à 3,3 % qui n'a pratiquement pas bougé depuis janvier : ce n'est pas la hausse qui inquiète, c'est l'immobilité.
Le chiffre est tombé mercredi après-midi et il a été enterré vivant en quelques heures par la publication trimestrielle d'un fabricant de cartes graphiques. Je le trouve pourtant beaucoup plus structurant que n'importe quel résultat d'entreprise, parce qu'il est celui que la banque centrale regarde vraiment.
Sur un an : 3,7 %, un dixième au-dessus des attentes. Sur le mois : +0,2 % là où on attendait +0,1 %. Et le noyau, celui qui retire l'alimentation et l'énergie : 3,3 %. Ce chiffre-là est le vrai sujet. Il ne monte pas. Il ne descend pas non plus. Il est posé autour de 3,2-3,3 % depuis le début de l'année, avec un objectif officiel à 2 %. Une inflation qui ne s'aggrave pas, on peut vivre avec. Une inflation qui refuse de reculer pendant huit mois consécutifs, c'est autre chose : c'est un régime installé, et un régime installé, on ne le corrige pas avec de la patience.
Voilà pourquoi le discours de vendredi a fait autant de dégâts. On attendait un banquier central évasif — c'est sa marque de fabrique, il a supprimé la communication prospective dès son arrivée. Il l'est resté sur la trajectoire : aucune indication de calendrier, aucune fonction de réaction, une phrase pour dire que les marchés ne devraient pas chercher leur prochain trade dans les mots de la banque centrale. Mais sur le diagnostic, il a été net : les bons chiffres de l'été ne lui disent pas que la tendance de fond s'est améliorée, l'inflation reste trop haute, et la politique actuelle n'est pas restrictive. Quand un banquier central déclare que sa politique n'est pas restrictive alors que l'inflation est à 3,3 %, il n'a pas besoin d'annoncer une hausse : il vient de dire qu'il en a la place.
Le marché monétaire a fait le calcul tout seul. La probabilité d'une hausse d'ici décembre est désormais à ~100 % — ce qui ne veut pas dire que c'est certain, mais que plus personne ne cote sérieusement l'hypothèse inverse. Trois membres du comité ont déjà voté pour +25 points de base à la dernière réunion, la prochaine tombe les 15 et 16 septembre. Et le plus vertigineux dans cette histoire, c'est le chemin parcouru : il y a six mois, le consensus quasi unanime des grandes maisons prévoyait trois baisses de taux en 2026. On est passé de trois baisses hypothétiques à une hausse quasi certaine en huit mois, sans que grand monde ne révise publiquement quoi que ce soit.
Et ce n'est pas une affaire américaine. En vingt-quatre heures cette semaine, la banque centrale coréenne a monté ses taux pour la deuxième fois consécutive — en relevant simultanément sa prévision de croissance de 2,6 % à 3,3 %, autrement dit elle serre parce que l'économie va trop bien. Le numéro deux de la banque centrale japonaise a laissé la porte grande ouverte à une hausse en septembre. Les swaps australiens intègrent un tour de vis d'ici la fin de l'année, la Nouvelle-Zélande en parle pour la semaine prochaine. Additionnez : c'est un cycle de resserrement monétaire mondial. Personne ne l'appelle comme ça, on dit que les banques centrales « normalisent ». C'est plus joli et ça veut dire la même chose — l'argent redevient cher, partout, en même temps.
Le Brent perd 5,7 % sur la semaine à 88,28 $ et le WTI 3,7 % à 83,45 $, mais l'essence américaine reste à son plus haut historique pour une fin août : le baril baisse, le prix à la pompe non.
La semaine a été franchement baissière sur l'énergie. Le Brent a ouvert à 91,90 $, a glissé jusqu'à 84,56 $ en cours de semaine et termine à 88,28 $. Le WTI a fait le même chemin, avec un plus bas à 79,62 $ et une clôture à 83,45 $. Deux raisons se sont additionnées : la perspective que Washington mette la main sur une partie des réserves vénézuéliennes, et la rumeur que Caracas envisage de quitter le cartel. Le marché est passé en quelques séances de la peur du manque à la peur de l'excédent.
Sauf que le dossier du détroit d'Ormuz, lui, n'a pas bougé d'un pouce. Six mois après les premières frappes, la communication officielle explique que les mines sont dégagées et que les voies maritimes internationales sont rouvertes. Les données de suivi des navires racontent autre chose : environ cinq bateaux sur la semaine, contre cent trente en temps normal. Dans le même temps, l'organisation qui gère la sécurité maritime a republié son avertissement recommandant la plus grande prudence, et l'estimation privée qui circule parle de 80 à 150 mines encore en place — dont une partie a dérivé avec les courants, sans qu'on sache plus précisément où elle se trouve. Un couloir « rouvert » que 96 % du trafic évite n'est pas un couloir rouvert.
C'est là que se joue le vrai lien avec l'inflation. Les Américains n'ont jamais payé leur carburant aussi cher à cette période de l'année. Jamais. Et le blé vient de toucher son plus haut niveau depuis trois ans, à cause des attaques sur les navires et les infrastructures en mer Noire. Carburant au record saisonnier, blé au plus haut de trois ans, un cinquième du pétrole mondial qui transite par un champ de mines dont on a perdu le plan : on se demande pourquoi le noyau d'inflation ne descend pas. Une baisse de 5 % du baril sur cinq séances ne change rien à ça. L'inflation de cette année n'est pas une inflation de demande qu'on casse avec des taux — c'est une inflation d'offre qu'on subit, et les taux ne désamorcent pas les mines.
L'or a été rejeté sous 4 700 $ et clôture la semaine à 4 454,37 $, soit exactement 0,72 $ au-dessus de son pivot de tendance journalier : la structure haussière de fond tient, mais elle tient par un fil.
Prenons du recul, parce que c'est le seul moyen de lire correctement cette semaine. L'or a fait son sommet historique à 5 598,60 $ à l'hiver. Il a ensuite corrigé pendant six mois, jusqu'à un creux à 3 942,79 $ touché fin juin, avec un second test à 3 959,70 $ à la mi-juillet. Depuis, il remonte : +19,1 % du creux au plus haut de mardi. Le mouvement de fond est donc bien un rebond, et août reste un très bon mois — +9,2 % du 1er au 28, malgré la gifle de vendredi.
Maintenant, l'endroit précis où ce rebond s'est arrêté. Si je trace le retracement de Fibonacci de la grande baisse — de 5 598,60 $ à 3 942,79 $ —, le seuil des 38,2 % tombe à 4 575 $. L'or l'a franchi la semaine dernière en clôturant à 4 603 $, il est monté chercher 4 696,76 $ mardi, puis il est revenu clôturer à 4 454,37 $, c'est-à-dire nettement sous le seuil. En langage simple : la première tentative de reprise du grand mouvement baissier a échoué. Ce n'est pas dramatique — un rejet du 38,2 % au premier essai est le cas le plus fréquent qui soit — mais tant que 4 575 $ n'est pas repris en clôture hebdomadaire, le rebond reste un rebond et pas un retournement.
La bougie hebdomadaire est parlante : ouverture à 4 613,95 $, plus haut à 4 696,76 $, plus bas à 4 445,47 $, clôture à 4 454,37 $. Une mèche haute de 83 $, un corps baissier de 160 $, et une clôture dans les 5 % bas de la semaine. C'est une bougie de rejet propre, et elle arrive juste sous une résistance hebdomadaire que je surveille à 4 681 $ — le plus haut de mardi s'est arrêté seize dollars au-dessus, ce qui compte comme un test raté.
En journalier, la carte est nette. Au-dessus, la première résistance est à 4 528 $, puis le sommet de la semaine à 4 696 $, puis 4 891 $. En dessous, le premier support est à 4 424 $, puis 4 340 $, puis 4 255 $. Et surtout, il y a une zone de demande dense entre 4 409 $ et 4 356 $, prolongée par une zone plus large entre 4 381 $ et 4 291 $ : c'est là que le rebond d'août a été construit, c'est là qu'il se défendra.
Le détail qui m'a fait sourire vendredi soir : mon pivot de tendance journalier — le stop suiveur qui définit le régime haussier ou baissier sur cette unité de temps — était positionné à 4 453,65 $. L'or a clôturé à 4 454,37 $. Soixante-douze centimes au-dessus. Une clôture à un dollar près de l'endroit qui fait basculer le régime, un vendredi soir, avant un week-end où rien ne peut être ajusté. Le marché a un sens de l'humour très particulier, et il fait rarement ça par hasard.
Alors voici comment je le travaille. Tant que l'or tient au-dessus de 4 424 $ en clôture journalière, je considère qu'on est dans une respiration à l'intérieur d'un rebond, pas dans un retournement, et la zone 4 409-4 356 $ reste une zone où je regarde des achats avec méthode plutôt qu'une zone où je fuis. Sous 4 356 $ en clôture, en revanche, le scénario change : la cible devient la zone 4 291-4 255 $, et il faut accepter que le rebond d'août soit en train d'être digéré beaucoup plus profondément que prévu. Au-dessus, rien de sérieux avant la reprise de 4 528 $, et rien de vraiment haussier avant une clôture hebdomadaire au-dessus de 4 575 $.
La prochaine réunion de la banque centrale américaine tombe les 15 et 16 septembre, et le marché price une hausse comme quasi acquise d'ici décembre. Deux configurations seulement : soit elle monte les taux et l'or encaisse un coup supplémentaire sur le rendement réel court, soit elle ne le fait pas et le marché en conclut qu'elle est en retard sur une inflation à 3,3 % — ce qui est historiquement très favorable au métal. Autrement dit, les trois prochaines semaines sont une position binaire sur un événement de calendrier. Ce n'est pas le moment de porter une taille inhabituelle, ni de laisser courir un levier qu'on ne surveille pas.
| Actif | Situation technique | Biais |
|---|---|---|
| Or (XAU/USD) | 4 454 $. Rejet sous 4 681 $ et retour sous le retracement 38,2 % (4 575 $). Clôture à 0,72 $ du pivot journalier. Supports 4 424 / 4 356 / 4 291 $ | Neutre |
| 2 ans américain | 4,36 %, +12 pb, clôture au plus haut de semaine. Le marché price le resserrement | Haussier |
| 30 ans américain | 5,21 %, −6 pb. La prime de terme se dégonfle, l'aplatissement vient du court | Baissier |
| Dollar (DXY) | 99,68, +0,85 % sur la semaine, +0,57 % sur la seule séance de vendredi. Retour au-dessus de 99,50 | Haussier |
| EUR/USD | 1,1578. Cassure du support de 1,16, plus bas hebdomadaire à 1,1578 en clôture | Baissier |
| Pétrole (WTI) | 83,45 $, −3,7 %. Plus bas à 79,62 $, la prime géopolitique se dégonfle malgré un détroit toujours miné | Baissier |
| S&P 500 | 7 711,76 (+0,49 %), plus haut à 7 771. Tendance intacte mais participation famélique | Haussier |
| Bitcoin | 77 579 $. Digestion après +23 % en août. Range 76 670 – 81 478 $ | Neutre |
L'indice dollar reprend 0,85 % sur la semaine à 99,68, dont 0,57 % sur la seule séance de vendredi : c'est le miroir exact du mouvement de l'or.
Il n'y a rien de mystérieux ici, et c'est justement ce qui est intéressant. Le dollar a passé trois semaines à se faire malmener par l'histoire de la dette longue et de l'intervention du Trésor. Il a suffi qu'un banquier central rappelle qu'il tient encore le manche pour que le mouvement s'inverse. L'indice est passé de 98,84 à 99,68, avec un plus haut de semaine à 99,73 touché vendredi.
L'euro paie la note en miroir : EUR/USD termine à 1,1578 contre 1,1676 la semaine précédente, soit −0,84 %, après un plus haut à 1,1687. Le support psychologique de 1,16 a cédé et la paire clôture pratiquement sur son plus bas hebdomadaire. Tant que la divergence de discours entre les deux rives de l'Atlantique tient — une banque centrale qui parle de monter d'un côté, une qui ne dit rien de l'autre —, je ne vois pas de raison technique de chercher à acheter l'euro. Et pour ceux qui travaillent l'or, ce point n'est pas décoratif : un dollar qui se raffermit est un vent contraire direct sur le métal, quelle que soit la qualité du reste du dossier.
Le S&P 500 gagne 0,49 % sur la semaine à 7 711,76 points, mais jeudi, la quasi-totalité de sa hausse a été produite par deux sociétés sur cinq cents — le pire ratio hausse/baisse de l'année.
Le chiffre mérite d'être posé lentement. Jeudi, l'indice a pris 0,72 %, ce qui représente environ 480 milliards de dollars de capitalisation créée. Le fabricant de cartes graphiques, à lui tout seul, a gagné 441 milliards ce jour-là. Ajoutez un éditeur de logiciels qui a bondi de 22,6 %, sa plus forte hausse historique, et ses 36,7 milliards. 441 + 37 = 478. Les 498 autres sociétés de l'indice ont donc collectivement produit à peu près zéro.
Ce n'est pas une figure de style : la version équipondérée de l'indice, celle où chaque société pèse le même poids, a fini la séance en baisse. Quatre-vingts pour cent des valeurs du Dow Jones ont terminé dans le rouge, deux tiers de celles du S&P 500, soixante pour cent de celles du Nasdaq. Le jour de la plus forte hausse de l'année sur l'indice phare, c'était le pire ratio hausse/baisse de 2026. Et vendredi, l'indice des petites capitalisations a encore perdu 1,38 % pendant que le S&P ne cédait que 0,25 %.
Le contexte de valorisation ne rassure pas. La publication trimestrielle de mercredi soir a été objectivement spectaculaire — chiffre d'affaires doublé sur un an à 96,2 milliards, activité centres de données à 89 milliards en hausse de 117 % — mais la réaction initiale a été négative de près de 3 %, à cause d'un seul point de marge brute perdu (de 75 % à 74 %, sous l'effet de la pénurie de mémoire). Il a fallu qu'une dirigeante annonce un objectif de 70 % de croissance pour l'exercice 2028, contre 44 % attendus, pour que le titre reparte de 5 %. Rien n'avait changé entre les deux moments, sauf une phrase. Cette même entreprise pèse aujourd'hui 8,3 % de l'indice large et 13,6 % de l'indice technologique.
Et le VIX, pendant ce temps, est tombé à 14,42, son plus bas de l'année, avec un passage à 14,13. Le jour où deux tiers de la cote reculait, le prix de l'assurance a baissé de près de 5 %. Je ne sais pas si c'est délibéré ou purement mécanique — les programmes achètent quand le stress recule, et le stress recule parce que les programmes achètent —, mais un détecteur de fumée débranché reste un détecteur de fumée débranché. Ma position est simple : je ne shorte pas un indice qui monte, mais je ne confonds pas non plus un indice qui monte avec un marché qui va bien. Ces deux choses se sont séparées cette semaine.
Dernier chiffre pour situer l'ampleur du pari en cours : les quatre plus gros investisseurs technologiques américains ont annoncé entre 730 et 750 milliards de dollars de dépenses d'infrastructure pour cette année, contre environ 400 milliards en 2025. Une hausse de 80 % sur des budgets déjà démesurés, financée pour partie par de la dette, au moment précis où le coût de cette dette repart à la hausse partout dans le monde. On construit la cathédrale pendant que le prix du ciment double.
Bitcoin finit la semaine à 77 579 $, quasiment inchangé, mais il signe un mois d'août à +23 % — et reste tout de même à −11 % depuis le 1er janvier.
La semaine a été une pure digestion. Ouverture à 77 734 $, plus haut à 81 478 $, plus bas à 76 670 $, clôture à 77 579 $. Un range de 4 800 $ pour un solde net de −0,2 % : le marché est monté chercher 81 000 $, ne l'a pas tenu, est redescendu, et personne n'a gagné la manche. Vendredi, il a d'ailleurs suivi l'or dans la réaction au discours, avec environ −3 % sur la séance.
Ce qu'il faut garder en tête, c'est le mois entier plutôt que la semaine. Bitcoin a ouvert août à 62 888 $. Il en sort autour de 77 600 $, soit +23 % en quatre semaines, dont l'essentiel a été fait en trois séances à la mi-août. C'est un mouvement très violent, très concentré, et une consolidation latérale après un tel mouvement est un comportement sain — c'est même le meilleur des scénarios pour qui veut voir la hausse continuer. Ce que je surveille est simple : tant que 76 500 $ tient, la structure du rebond reste intacte ; au-dessus de 81 500 $, la porte s'ouvre. Entre les deux, il n'y a rien à faire, et je préfère le dire plutôt que d'inventer un signal.
Une nuance de perspective, quand même, parce qu'on l'oublie vite dans l'euphorie d'un +23 % mensuel : malgré ce mois formidable, Bitcoin reste en baisse d'environ 11 % depuis le début de l'année. Sur la même période, l'indice large américain gagne près de 13 %. Le récit de l'actif qui protège de tout n'a pas été validé par 2026 — pas plus que celui de l'or invincible, d'ailleurs, qui vient de perdre 3 % en une séance sur trois phrases.
Cette semaine a fait le tri entre deux histoires qu'on confondait depuis un mois. L'histoire numéro un, c'est la dette : un État qui emprunte trop, une prime de terme qui explose, une devise qu'on suspecte. Dans ce monde-là, l'or est la seule réponse et il monte sans discuter. L'histoire numéro deux, c'est l'inflation : une banque centrale qui doit serrer, un rendement réel court qui monte, un dollar qui se raffermit. Dans ce monde-là, l'or souffre, même quand la dette n'a pas bougé d'un dollar. Vendredi, en vingt minutes, le marché est passé de la première à la seconde. Les 146 dollars perdus par l'once ne disent rien d'autre que ça.
Est-ce que ça change ma lecture de fond ? Non. Une inflation coincée à 3,3 % avec du carburant au record saisonnier, du blé au plus haut de trois ans et un cinquième du pétrole mondial qui transite par un couloir miné, ce n'est pas un environnement où l'or se retourne durablement — c'est un environnement où il corrige violemment de temps en temps, et où ces corrections finissent par offrir les meilleurs points d'entrée de l'année. Ce que ça change, c'est le calibrage. Une clôture à soixante-douze centimes de mon pivot de tendance, à trois semaines d'une réunion de banque centrale que le marché price déjà comme une hausse, ce n'est pas une invitation à charger — c'est une invitation à travailler petit, à définir son invalidation avant d'entrer, et à laisser le marché montrer sa main d'abord. Je regarde la zone 4 409-4 356 $ avec intérêt, je considère 4 528 $ comme le premier vrai signe de reprise, et je n'ai aucun problème à ne rien faire pendant quelques séances. Ne rien faire, sur ce genre de semaine, c'est déjà une décision qui rapporte.
Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.
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