Blog · Analyse hebdomadaire · Samedi 22 août 2026

Il y a des semaines où le marché monte, des semaines où il baisse, et puis il y a des semaines où l'on apprend quelque chose. Celle-ci appartient à la troisième catégorie, et je pense qu'on en reparlera longtemps. Mercredi, le Trésor américain a annoncé qu'il doublait ses rachats sur la dette longue — de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération, à partir du 9 septembre. Traduction en langage simple : le plus gros débiteur de la planète est descendu lui-même sur le marché pour soutenir le prix de son propre papier. Le 30 ans est immédiatement passé de 5,34 % à 5,19 %, le dollar a décroché de près de 1 % en une séance et l'or a pris près de 4 % dans la foulée.
Et puis jeudi matin, le marché a relu le communiqué. Le 30 ans est remonté à 5,25 %, puis à 5,27 % vendredi. Toute l'intervention effacée en vingt-quatre heures. Le même jour, à la même heure, la dette fédérale américaine franchissait les 40 000 milliards de dollars. Quatre milliards de rachats face à quarante mille milliards d'encours : c'est un geste politique, pas une opération de marché. Le signal envoyé est clair — « si ça continue à déraper, on est prêts à en faire plus » — mais l'outil de secours vient d'être testé grandeur nature et il a tenu une seule séance.
Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas le drame. Rien de grave ne s'est produit cette semaine. Ce qui m'intéresse, c'est ce que ça nous apprend sur le jour où quelque chose de grave arrivera vraiment. Et pendant que le marché regardait le mur fraîchement repeint, l'or, lui, a fait exactement ce qu'il fait quand la confiance dans le papier se fissure : il a pris 5,6 % sur la semaine, à 4 624 $, soit +14,2 % en trois semaines. On me demande souvent pourquoi je travaille l'or en priorité. Cette semaine répond mieux que moi.
Le 30 ans américain a touché 5,34 % mardi, son plus haut depuis dix-neuf ans, et il a fini la semaine à 5,27 % — c'est-à-dire au-dessus de son niveau d'avant l'intervention du Trésor.
Reprenons la chronologie, parce qu'elle compte. Mardi, le 30 ans américain touche 5,34 %. C'est un plus haut de dix-neuf ans, on est revenus aux niveaux de 2007. Mercredi, le secrétaire au Trésor déclare publiquement que cette hausse n'est pas justifiée par les fondamentaux et annonce qu'il intervient : rachat de dette longue financé par de la dette courte, du 9 septembre au 4 novembre. Le mot employé est « twister la courbe ». Le marché applaudit, le 30 ans tombe à 5,19 %. Jeudi, il remonte à 5,25 %. Vendredi, 5,27 %.
Ce détail de trois centièmes vaut beaucoup plus que trois centièmes. Dans le manuel classique, quand les taux longs déraillent, c'est la banque centrale qui intervient : c'est son mandat, et surtout c'est son argent, elle le crée. Le Trésor, lui, c'est l'emprunteur. Là, c'est l'emprunteur qui rachète son propre papier pour en tenir le prix. Dans une salle des ventes, personne n'a le droit de faire ça. Sur le marché obligataire américain, ça a été annoncé dans un communiqué de presse.
Et l'ordre de grandeur est celui d'un symbole, pas d'un plan. Le marché obligataire américain dépasse les 30 000 milliards de dollars d'encours. Quatre milliards par opération, c'est l'équivalent d'un ménage qui doit 400 000 € à sa banque et qui annonce fièrement qu'il va en rembourser 40. Techniquement c'est un effort. Psychologiquement ça fait du bien. Mathématiquement, on attendra un peu avant d'ouvrir le champagne.
Ce mouvement ne concerne pas que les États-Unis. Le Bund allemand à 10 ans est à 3,25 %, l'Allemagne emprunte à 30 ans à 3,78 % — deux records depuis 2011 — et l'OAT française à 10 ans est à 4,12 %, du jamais vu depuis 2008, avec 117 % de dette sur PIB et un budget 2027 à construire en pleine campagne présidentielle. Quand je regarde ce tableau, je ne vois pas un problème américain. Je vois trois emprunteurs — les États, les géants de la tech qui financent leurs centres de données par la dette, et l'énergie qui réinjecte de l'inflation dans le système — qui se disputent le même argent au même moment.
Le président de la Fed dit que la hausse des taux longs l'arrange, le secrétaire au Trésor dit qu'elle est injustifiée et qu'il y met fin : même semaine, même gouvernement, deux messages opposés.
Voilà le vrai sujet de la semaine, et il est plus important que n'importe quel niveau de prix. Depuis son arrivée à la tête de la banque centrale en mai, le nouveau président a supprimé la forward guidance : il ne commente plus les données, il ne guide plus le marché. Le mois dernier, il a expliqué qu'il accueillait favorablement la hausse des taux longs, parce qu'elle resserre les conditions financières à sa place. Autrement dit : elle fait une partie de son travail.
Dans la même semaine, le Trésor décrète que cette même hausse est injustifiée et qu'il va l'écraser en rachetant du papier. Pire : la banque centrale veut publiquement réduire son bilan et vendre ses titres longs, pendant que le Trésor achète exactement ce que l'autre main est en train de vendre. Deux institutions du même État, deux directions opposées, sur le même marché.
Le mot qui est sorti cette semaine dans les salles de marché est « dominance budgétaire » : l'idée que la banque centrale finirait par prendre ses instructions du Trésor. Il y a un précédent, et il est instructif. Après la Seconde Guerre mondiale, la Fed maintenait artificiellement les taux bas pour permettre au Trésor de financer la dette de guerre. Quand elle a voulu arrêter, il a fallu un bras de fer avec la Maison-Blanche, puis un accord en 1951 qui a posé le principe simple sur lequel repose encore aujourd'hui l'indépendance des banques centrales : la banque centrale fixe les taux courts, indépendamment du Trésor. Ce texte-là est le socle de tout le reste. Le président actuel de la Fed s'est déclaré ouvert à sa réécriture pendant sa campagne pour obtenir le poste, sans jamais donner le moindre détail.
Je ne surinterprète pas : nous n'y sommes pas. Mais la question a été posée à voix haute cette semaine, dans la presse sérieuse, par des gens sérieux. Pour un investisseur en or, c'est exactement le type de question qui déplace un cours sur des trimestres, pas sur des séances.
Le distributeur qui rate ses ventes de neuf dixièmes de point perd 9 % en séance ; le PMI américain au plus haut depuis avril 2022 passe inaperçu.
Semaine d'août classique : aucune statistique majeure aux États-Unis, un calendrier de résultats quasi vide, des volumes très en dessous de la normale. Quand on ne lui donne pas de données, le marché s'en fabrique. Jeudi, un grand distributeur américain publie des ventes hors carburant à +2,6 % là où l'on attendait 3,5 %. Neuf dixièmes de point d'écart, sur un trimestre, sur une seule zone géographique. Le titre prend −9 %, sa pire séance depuis quatre ans. Dans la même publication, la société relève pourtant ses prévisions annuelles et explique qu'elle utilise un remboursement de droits de douane pour baisser ses prix. Une entreprise annonce qu'elle fera mieux que prévu, qu'elle a de la trésorerie qui rentre et qu'elle s'en sert pour être plus agressive — et elle se fait sanctionner. Parce qu'elle n'a pas été lue comme une entreprise, mais comme un thermomètre du consommateur américain.
Le lendemain, le PMI d'août sort à 56, plus haut niveau depuis avril 2022, avec des services qui accélèrent à 56,8. Une mesure qui couvre l'ensemble de l'économie, pas les rayons d'une enseigne. Réaction du marché : deux lignes en fin d'article. Le marché avait deux thermomètres, l'un disait froid, l'autre chaud. Il a commenté le premier toute la journée et passé le second par pertes et profits.
Ce n'est pas du déni — le déni, c'est refuser de voir. C'est plus subtil : on ne nie pas le fait, on change l'étiquette. Le 30 ans au plus haut depuis dix-neuf ans devient « le signe d'une économie plus vigoureuse que prévu ». Le Trésor contraint de racheter sa propre dette devient « la preuve que les autorités ont la situation en main ». Le dollar qui décroche devient « une bonne nouvelle pour les exportateurs ». Prises une par une, ces phrases sont défendables. Mises bout à bout, quand tout finit systématiquement dans la colonne « bonne nouvelle », ce n'est plus de l'analyse. C'est de la décoration.
Le Brent a pris 6,6 % sur la semaine pour finir à 94,39 $, et le gaz européen est au plus haut depuis mars avec des stocks au plus bas niveau saisonnier jamais enregistré.
Tout ce qui s'est passé sur les taux cette semaine commence par le baril. Lundi, la menace américaine s'étend à Oman — pas à l'Iran, à Oman, c'est-à-dire au pays qui tentait précisément de négocier une sortie de crise. Le Brent passe les 90 $. Mardi, plus aucun canal de discussion : le baril clôture au-dessus de 91 $, et c'est ce même mardi que le 30 ans américain touche 5,34 %. Retenez cette coïncidence, elle n'en est pas une : le pétrole et la dette américaine montent ensemble parce que c'est la même information vue par deux fenêtres différentes. L'énergie chère, c'est de l'inflation future, donc des taux longs plus hauts.
Mercredi, annonce de ce qui est présenté comme l'opération économique la plus écrasante jamais entreprise contre Téhéran — dont le contenu, lui, ne sera détaillé que lundi prochain. Six jours entre la bande-annonce et le film, avec un week-end au milieu. Ce qui se murmure, c'est que le dispositif viserait aussi les pays et les institutions qui commercent avec l'Iran : des sanctions secondaires. Si c'est le cas, le sujet de lundi ne sera pas l'Iran, ce seront les banques indiennes, les raffineurs chinois et les armateurs grecs. Vendredi, le président iranien déclare qu'il est temps de mettre fin à la guerre tout en affirmant être en position de force. Le détroit d'Ormuz reste verrouillé, le blocus naval reste en place, le Brent finit à 94,39 $.
Et pendant que tout le monde regarde le baril, le chiffre qui compte vraiment est ailleurs : les réserves de gaz européennes sont remplies à 61,61 %, le plus bas niveau saisonnier jamais enregistré, et le contrat de référence finit la semaine à 66 €/MWh, au plus haut depuis mars. Nous sommes le 22 août. Il reste six semaines pour remplir la citerne du continent, à un prix qui monte au lieu de descendre. On remplit une cuve en été parce que c'est moins cher et parce qu'après il est trop tard. L'Europe va donc acheter son hiver plus tard et plus cher : la facture de janvier 2027 s'écrit maintenant, pendant que tout le monde est à la plage. Personne n'en parle parce qu'il fait 30 degrés — on en reparlera quand il fera froid.
Techniquement, le pétrole vient de rebondir proprement après une consolidation en drapeau. Je surveille le retour vers 93-94 $ sur le brut américain : au-delà, on casse une résistance de plus et on ouvre la porte d'un retour au-dessus de 100 $, ce qui tomberait très mal avant les midterms. Sur le fond, je reste sur ma lecture de long terme : le pétrole a monté d'environ 150 % depuis le déclenchement du conflit iranien, il digère cette hausse depuis quelques semaines, et cette digestion n'est probablement pas terminée. Mais le potentiel du cycle, lui, est devant nous, pas derrière.
L'or finit la semaine à 4 624 $, en hausse de 5,6 % sur cinq séances et de 14,2 % en trois semaines, avec une prochaine zone de résistance identifiable vers 4 800 $.
Voilà l'anomalie de la semaine, et c'est la plus parlante. Le 30 ans américain finit à 5,27 %. Le manuel dit qu'à ce niveau, le papier américain rapporte tellement que le dollar monte et que l'or, qui ne verse aucun intérêt, devient moins attrayant et recule. Cette semaine, on vous propose 5,27 % par an garantis par la première puissance mondiale sur trente ans, et une partie du marché préfère un métal qui ne rapporte rien. Ce n'est pas de l'avidité, c'est de la méfiance — et ce n'est pas du tout la même chose.
Techniquement, l'or a cassé sa moyenne mobile 50 jours il y a deux semaines et il évolue au-dessus de sa moyenne 200 jours. Le mouvement est propre, adossé à des flux qui n'ont rien de spéculatif : les achats de banques centrales, la chinoise en particulier, restent très présents. Sur le papier, tout ce qui pouvait être cassé au-dessus l'a été, et la prochaine zone de résistance sérieuse se situe autour de 4 800 $.
Je veux quand même poser une réserve, parce que c'est là que je me sépare de la lecture la plus enthousiaste du moment. Sur des unités de temps plus larges — l'hebdomadaire et le mensuel — l'or reste dans une large phase de consolidation depuis son sommet, et cette phase n'a pas encore produit ce que j'attends d'elle : un pivot de résistance clairement travaillé, testé à plusieurs reprises, sous lequel la volatilité se contracte. C'est ce pivot qui signe la fin d'une consolidation et le départ d'une nouvelle vague, pas un rebond de trois semaines aussi vigoureux soit-il. Tant qu'il n'est pas dessiné, je considère que je suis dans un range, pas dans une reprise de tendance confirmée. Et un range, ça se travaille dans les deux sens.
Ce n'est pas de la prudence de façade. Le mouvement de juillet avait exactement le même profil : montée pendant trois semaines, puis rumeurs d'accord en fin de mois et correction. Le cours de l'or dépend aujourd'hui très directement de ce qui se dit sur Ormuz. Une désescalade rapide reprendrait une bonne partie de la prime de risque intégrée depuis trois semaines. Je joue donc l'or par étapes, avec des invalidations écrites à l'avance, et pas en achetant un scénario.
| Actif | Situation technique | Biais |
|---|---|---|
| Or (XAU/USD) | 4 624 $, +14,2 % en 3 semaines, au-dessus des MM50 et MM200, résistance 4 800 $ — mais toujours dans une large consolidation sans pivot travaillé | Haussier à court terme |
| Pétrole (Brent / WTI) | 94,39 $, sortie de consolidation en drapeau, résistance intermédiaire 93-94 $ sur le brut américain, porte ouverte vers 100 $ au-delà | Haussier |
| Taux 30 ans US | 5,27 % après un pic à 5,34 %, intervention du Trésor effacée en 24 h | Haussier (rendements) |
| Dollar (DXY) | Semaine de baisse, mais pivot de long terme cassé à la hausse en amont : consolidation dans un cycle séculaire haussier | Neutre à court terme |
| EUR/USD | Profite du recul du dollar, sans signal structurel : miroir inverse du DXY | Neutre |
| S&P 500 | À 2 % de son record, repli sur l'ancienne résistance devenue support vers 7 600, extension intacte depuis le breakout de début août | Haussier |
| Nasdaq | Revenu dans sa tendance descendante de court terme, sous son pivot, risque de retour vers la MM200 si l'échec se confirme | Neutre |
| CAC 40 / DAX | CAC de 8 754 à 8 450, retour sur la MM50 ; DAX proche de ses records après un test de son ancienne résistance | Haussier |
| Bitcoin | +20 % en 3 jours, trendline baissière cassée, sortie du marché baissier vers un range ; −13 % depuis janvier | Haussier |
Le dollar a perdu près de 1 % sur la seule séance de mercredi, mais le retournement de fond entamé plus tôt dans l'année n'est pas remis en cause.
Le dollar a mal vécu l'annonce du Trésor, c'est logique : quand l'émetteur d'une monnaie doit racheter sa propre dette pour en tenir le prix, la première chose qui se vend, c'est la monnaie. Sur la semaine, il termine en repli et l'euro en profite mécaniquement.
Je ne change pourtant pas de lecture de fond. Sur le très long terme, le billet vert évolue dans un large canal depuis 2014, il est venu en tester le bas en 2025-2026, et le pivot de résistance qui avait résisté à de nombreux assauts a fini par céder. Ce type de signal ouvre une nouvelle dynamique — qui commence toujours lentement, en peinant, avant de se verticaliser plus tard dans le cycle. La baisse de cette semaine ressemble donc davantage à une consolidation de quelques semaines à l'intérieur d'un mouvement plus vaste qu'à un retournement. Ce qui invaliderait ma vision, en revanche, est écrit noir sur blanc : une évolution durable sous les plus bas des dernières années. Nous en sommes loin.
On me pose souvent la question : comment être haussier sur le dollar, sur les actions et sur les cryptos en même temps ? Parce que les cycles n'ont pas la même longueur. Quand une classe d'actifs entre en pleine extension, sa contrepartie théorique ne s'effondre pas forcément : elle stabilise ou corrige à l'intérieur d'un cycle haussier plus long. Les hausses ne se produisent pas au même moment, c'est tout.
Semi-conducteurs −6 %, Nikkei −4 %, Nasdaq −2 %, CAC 40 −1,76 % : la pire semaine du S&P 500 depuis la mi-juillet s'est déroulée dans l'indifférence générale.
La semaine a été franchement médiocre pour les actions, et presque personne ne l'a remarquée. Le CAC 40 est passé de 8 754 à 8 450 sans que cela fasse le moindre bruit dans les médias financiers, occupés ailleurs. Les semi-conducteurs ont perdu 6 %, le Nikkei 4 %, le Nasdaq 2 %. Le Dow termine à −0,85 %, et seuls les indices à forte pondération défensive s'en sortent — quand la planète a peur, on redécouvre la pharmacie, l'alimentaire et l'assurance.
Techniquement, je ne vois pas de dégât structurel. Le S&P 500 avait cassé à la hausse son canal latéral au début du mois d'août ; il revient aujourd'hui tester par le dessus cette ancienne résistance devenue support, vers 7 600. C'est le comportement normal d'un marché en extension : des micro-consolidations suivies de nouvelles vagues. Sur le graphique mensuel, l'indice reste dans un immense canal haussier hérité de l'après-2009 et il n'en a toujours pas atteint le sommet. Tant que ce plafond n'est pas dépassé, je refuse de parler de bulle : on est dans une séquence d'extension et de surachat, ce qui est différent.
Le Nasdaq est le point faible du tableau. Il était sorti de sa tendance descendante, il y est retombé, et il n'est toujours pas revenu sur ses plus hauts historiques. Tant qu'il reste sous son pivot, le risque technique est un retour chercher la moyenne mobile 200 jours — une chute dont on se passerait à la rentrée. En Europe, le DAX conserve le meilleur momentum, avec un canal haussier propre depuis 2023 et un repli qui n'a fait que retester un support. Le CAC est moins net : plus de volatilité, une pente plus faible, mais une ligne de tendance haussière de court terme sur laquelle on est venu se poser pile.
Le S&P 500 vient de faire sa pire semaine depuis la mi-juillet, le 30 ans est au plus haut depuis dix-neuf ans, le pétrole a pris 6,6 % et les semi-conducteurs 6 % dans l'autre sens. Et l'indice de la peur clôture vendredi à 15,13, en baisse de 5,5 % sur la séance. La bonne lecture n'est pas « le marché est serein » : les volumes de vendredi étaient très inférieurs à la normale, une grande partie des bureaux était vide et le long week-end américain approche. Le VIX mesure combien de gens ont acheté une protection ; quand personne n'est là, il mesure surtout l'absence de monde. Un marché tranquille et un marché désert se ressemblent beaucoup sur un graphique. Ils se ressemblent nettement moins le jour où il faut vendre.
Le Bitcoin a pris environ 20 % en trois jours et cassé sa ligne de tendance baissière : le marché baissier est terminé, mais nous entrons dans un range, pas dans une envolée.
C'est le changement de cycle de la semaine, et il mérite d'être formulé précisément parce que la nuance fait toute la différence. La trendline baissière qui plafonnait le Bitcoin depuis des mois a été cassée, et le cours est revenu à l'intérieur de son ancien range. Deux signaux qui, combinés, actent à mes yeux la fin du marché baissier. Ça ne veut pas dire que nous sommes en marché haussier. Ça veut dire que nous sommes passés d'une pente descendante à un marché latéral, avec un nouveau pivot de résistance à travailler au-dessus.
La séquence que j'attends maintenant est mécanique : le cours doit venir taper ce pivot à plusieurs reprises, la volatilité doit se contracter en dessous, et c'est seulement la cassure qui ouvrira la phase d'expansion. Les cycles crypto étant rapides, cela peut prendre quelques semaines plutôt que quelques mois. Tant qu'on reste sous ce pivot, on est en range — je le note ainsi semaine après semaine pour ne pas me raconter d'histoires.
Deux garde-fous pour finir. D'abord, ce mouvement doit beaucoup à une liquidation massive de positions vendeuses, pas à une vague d'achats structurels : c'est de la mécanique de marché, et ça ne construit pas une tendance à soi seul. Ensuite, un rappel que l'euphorie du week-end fait oublier — malgré ces +20 %, le Bitcoin reste en baisse d'environ 13 % depuis le 1er janvier. Le reste de la classe d'actifs envoie les mêmes signaux : l'Ethereum a validé son support et se dirige vers le haut de son canal, le XRP reste dans un grand triangle avec une structure plus faible. Tout le compartiment se retourne en même temps, ce qui est cohérent, et ce qui rappelle aussi qu'ils descendront ensemble le jour où le vent tournera.
Après une semaine d'août sans aucune statistique majeure, le calendrier passe de zéro à saturation en quarante-huit heures.
Lundi, les États-Unis doivent détailler leur dispositif contre l'Iran. Si les sanctions secondaires sont confirmées, le sujet dépasse largement le pétrole : il touche les banques, les raffineurs et les armateurs de trois continents. Mercredi soir, le premier fabricant mondial de puces publie son deuxième trimestre : le marché attend environ 92 milliards de dollars de chiffre d'affaires, et surtout une prévision autour de 103 milliards pour le trimestre suivant. Sur ce dossier, être excellent ne suffit plus — c'est la prévision, pas le trimestre écoulé, qui fera la séance. Et cela arrive dans un secteur qui vient de perdre 6 % en cinq jours.
Du 27 au 29 août, le symposium annuel des banquiers centraux, avec vendredi la première apparition du nouveau président de la Fed dans ce décor — et, juste avant, la publication de la mesure d'inflation privilégiée de l'institution. Ce que je surveillerai n'est pas ce qu'il dira sur l'inflation, mais ce qu'il dira, ou pas, de l'intervention du Trésor. S'il défend explicitement l'indépendance de la banque centrale, la maison tient. S'il passe quarante minutes sur des questions de cadre méthodologique sans jamais aborder le sujet, ce silence vaudra tous les communiqués.
Troisième repère, plus technique : le 10 ans américain à 4,75 %. On a fini vendredi à 4,73 %. Il reste deux centièmes avant un niveau que beaucoup considèrent comme le point où les taux commencent à exercer une pression réelle sur les actions. C'est peu.
Ma conviction de la semaine tient en une phrase : rien de grave ne s'est produit, mais on vient de découvrir la portée réelle de l'outil de secours. Le plus gros débiteur de la planète est intervenu publiquement pour tenir le prix de sa propre dette, et le marché a effacé cette intervention en une seule séance. C'est exactement le genre d'information qui ne se voit pas dans une performance hebdomadaire et qui pèse ensuite pendant des trimestres. C'est aussi ce qui explique pourquoi l'or prend 14,2 % en trois semaines alors que les taux longs sont au plus haut depuis dix-neuf ans : ce n'est pas un pari sur la croissance, c'est un vote sur la confiance.
Concrètement, je continue de travailler l'or comme mon marché principal, en respectant l'idée qu'il évolue toujours à l'intérieur d'une large consolidation tant qu'aucun pivot n'a été travaillé — donc en achetant des niveaux, pas une histoire, et avec des invalidations écrites avant l'entrée. Je reste constructif sur les indices tant que le S&P 500 tient son ancienne résistance devenue support, je surveille le Nasdaq comme le maillon faible, et je considère le Bitcoin comme sorti du marché baissier sans être encore en marché haussier. Sur l'énergie, je pars du principe que la prime géopolitique peut se dégonfler vite sur une simple déclaration : c'est un marché où l'on gère la taille avant de gérer la direction. Et la semaine prochaine, avec les puces mercredi, le symposium vendredi et l'Iran dès lundi, la prudence sur la taille de position vaut mieux que la conviction sur le scénario.
Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.
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