Blog · Analyse hebdomadaire · Samedi 25 juillet 2026

Je vais être direct : cette semaine, les marchés ont eu toutes les raisons du monde de paniquer et ils ne l'ont pas fait. Le pétrole a franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril, les taux obligataires ont explosé des deux côtés de l'Atlantique, la France a emprunté à un taux plus vu depuis 2009, et pourtant, la même semaine, les investisseurs se ruaient sur les actions technologiques comme si l'addition n'allait jamais arriver. J'appelle ça un marché en état de déni actif, et ce n'est pas la première fois que j'observe ce genre de comportement avant un vrai retournement.
Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de commenter chaque mouvement isolément, mais de prendre du recul sur ce que ces signaux disent ensemble de la tendance des prochains mois. Et quand je superpose la lecture technique de fond que je suis depuis plusieurs semaines à l'actualité macroéconomique qui vient de tomber, je vois deux histoires qui convergent exactement au même endroit : un cycle de hausse des matières premières qui reprend de la vigueur, et un marché actions qui commence, doucement, à devoir justifier ses excès sur l'intelligence artificielle.
Je vous propose donc mon décryptage complet de la semaine, actif par actif, avant de vous donner ma lecture de la tendance à venir.
La France emprunte à 4% sur 10 ans, du jamais-vu depuis 2009 : une obligation d'État devient une concurrence directe pour les actions.
On parle beaucoup du pétrole, mais la vraie nouvelle de la semaine, celle qui va peser sur tous les actifs dans les mois qui viennent, c'est le retour en force des taux obligataires. Le 10 ans américain est passé de 4,59% à plus de 4,70% en quelques séances, son plus haut niveau depuis janvier 2025. Mais le vrai choc, je le vois en Europe : la France a emprunté à 4% sur sa dette à 10 ans, un niveau que je n'avais pas vu depuis juin 2009, en pleine sortie de crise financière. Le Bund allemand, la référence de la zone euro, a lui aussi franchi les 3,20%, du jamais-vu depuis 2011.
Je le dis sans détour : une obligation d'État qui rapporte 4% garanti devient une concurrence directe et sérieuse pour les actions. Pourquoi prendre le risque de la Bourse quand l'État vous offre un rendement connu à l'avance ? C'est mécanique, et c'est exactement ce qui commence à peser sur la prime de risque des marchés actions.
Une France qui emprunte à 4% pour la première fois depuis 2009, sur fond de dette publique dépassant 118% du PIB, envoie un signal de prime de risque politique et budgétaire que je ne peux pas ignorer. Je surveille de très près une contagion possible vers le crédit des entreprises européennes et vers l'euro.
La BCE ne bouge pas, mais le marché price désormais 90% de probabilité d'une hausse des taux en septembre : le narratif a basculé en une semaine.
Face à cette remontée des taux, la BCE a choisi de ne rien faire, en maintenant ses taux directeurs inchangés et sa facilité de dépôt à 2,25%. Sur le papier, c'est prudent. Dans les faits, je pense que la BCE est coincée dans un étau : d'un côté le pétrole qui flambe et pousse l'inflation vers le haut, ce qui plaiderait pour une hausse des taux, et de l'autre une géopolitique explosive au Moyen-Orient qui menace la croissance, ce qui plaiderait pour une baisse. Résultat, elle ne bouge pas, et elle attend.
Ce que je retiens surtout, c'est le changement de discours sur les marchés à terme : on ne parle quasiment plus de baisse des taux pour soutenir l'économie, mais bien d'une possible hausse pour éteindre l'incendie inflationniste que le pétrole est en train d'allumer. Le marché price désormais près de 90% de probabilité d'un resserrement en septembre, aussi bien à la BCE qu'à la Fed. Ce basculement de narratif, en l'espace d'une semaine, est à mes yeux plus important que le niveau du baril lui-même, et je vais suivre de très près les prochains chiffres d'inflation PCE aux États-Unis, qui vont forcément intégrer une partie de ce choc pétrolier.
Le Brent passe de 89$ à plus de 100$ en quelques séances : ce que je lisais comme une digestion technique était bien une pause avant une nouvelle jambe de hausse.
Sur le plan technique, je suis cette configuration depuis plusieurs semaines déjà : l'indice des matières premières et le pétrole évoluaient dans une phase de digestion après le choc géopolitique du début d'année, avec une volatilité qui se resserrait progressivement. Or, cette semaine, j'observe exactement ce que j'attendais : un rebond massif qui vient confirmer que la tendance de fond reste haussière, et non un simple soubresaut.
Sur le plan des faits, ce rebond a une cause précise : la reprise du conflit entre les États-Unis et l'Iran, le blocage du détroit d'Ormuz par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, et surtout l'attaque de pétroliers saoudiens en mer Rouge qui referme la route de contournement que le marché pensait encore disponible. Le baril de Brent est ainsi passé de 89$ à plus de 100$ en quelques séances, avec une progression de plus de 40% depuis le début du mois. De mon point de vue, l'image mentale à retenir est simple : nous sommes toujours dans un cycle haussier structurel sur les matières premières, et ce qui s'est passé ces derniers mois n'était qu'une digestion avant une nouvelle jambe de hausse.
Techniquement, après trois semaines de rebond puissant, je considère que le pétrole comme l'indice des matières premières viennent probablement de buter sur un premier niveau de résistance. Ce n'est pas un signal négatif : c'est exactement la phase qui précède une accélération, celle où la volatilité doit se contracter avant un nouveau mouvement directionnel. Mon scénario central reste une stabilisation au cours des prochaines semaines, suivie d'une cassure haussière qui pourrait se matérialiser entre septembre et novembre. Je resterai attentif à une éventuelle repasse sous les niveaux de support travaillés depuis plusieurs semaines, qui invaliderait ce scénario, mais pour l'instant, rien ne va dans ce sens.
Guerre, inflation et taux qui s'envolent, et pourtant l'or reste bloqué en range autour de 4 130$ : les taux réels lui coupent l'oxygène.
C'est le paradoxe qui saute aux yeux cette semaine : avec une guerre au Moyen-Orient qui s'intensifie, une inflation qui menace de repartir et des taux qui s'envolent, on pourrait s'attendre à ce que l'or s'envole aussi. Ce n'est pas ce que je constate. L'or est sorti de sa dynamique de marché haussier depuis plusieurs semaines et reste en range, consolidant autour de 4 130$, sans direction claire.
La raison est simple et je la répète chaque semaine : l'or ne verse aucun coupon. Tant que les taux réels montent et que l'argent sans risque rapporte davantage, une partie des capitaux préfère se tourner vers les obligations d'État plutôt que vers le métal jaune. Techniquement, je travaille depuis quatre à cinq semaines un même niveau de support, avec un double creux qui tient pour l'instant face au dollar comme face à l'euro. Ce n'est ni un signal d'achat ni un signal de vente : je suis dans une authentique zone de ping-pong où deux issues restent ouvertes, une reprise du marché haussier ou un basculement vers un vrai marché baissier. Mon attitude sur cet actif reste donc neutre et attentiste plutôt qu'acheteuse à tout prix sur les creux : je veux d'abord voir de quel côté ce range va céder avant de reprendre une position directionnelle claire. En revanche, je garde un œil très attentif sur le moindre signe de détente des taux, qui pourrait redonner très rapidement de l'attrait à l'or comme valeur refuge face à une géopolitique qui reste, elle, clairement dégradée.
| Actif | Situation technique | Biais |
|---|---|---|
| Or (XAU/USD) | Hors du bull market, double creux travaillé depuis 4-5 semaines autour de 4 130$ | Neutre / attentiste |
| Pétrole (Brent/WTI) | Rebond de 3 semaines, franchissement des 100$, premier palier de résistance | Haussier |
| Matières premières | Sortie de digestion, cycle haussier structurel confirmé | Haussier |
| Dollar (DXY) | Cassure d'un double creux confirmée par un pullback en trois tests | Haussier |
| EUR/USD | Support pivot cédé, accélération baissière, objectif 1,07-1,08 | Baissier |
| S&P 500 | Troisième creux resserré, compression de volatilité dans un canal haussier | Haussier de fond, issue vers septembre |
| Nasdaq | Même compression avec plus d'amplitude, choc ponctuel sur les valeurs IA | Prudence et sélectivité |
| Bitcoin | Volatilité éteinte depuis 3 semaines, toujours sous la zone de latéralisation | Baissier tant que la trendline tient |
Le dollar valide par un pullback la cassure que j'attendais, pendant que l'euro cède un support majeur : cap sur 1,07-1,08.
Je maintiens depuis plusieurs semaines la même lecture sur le dollar américain : il évolue dans un canal haussier de long terme, et je viens précisément d'obtenir la confirmation que j'attendais. Cette semaine, le dollar a cassé un double creux qui servait de résistance depuis plusieurs semaines et l'a retesté à trois reprises comme un nouveau support. Ce type de pullback est exactement le signal technique qui relance une dynamique haussière sur plusieurs trimestres. La remontée des taux américains, plus rapide que celle de la zone euro compte tenu du choc politique et budgétaire français, ne fait que renforcer cette lecture.
En miroir, je vois l'euro engagé dans une baisse structurelle face au dollar depuis la transition 2024-2025. Cette semaine confirme exactement ce basculement : un support qui avait tenu à de nombreuses reprises vient de céder, et l'euro évolue désormais sous ce niveau. Mon objectif reste la zone des 1,07-1,08 sur les prochains trimestres, avec un scénario, certes plus lointain, d'un retour sous la parité si l'accélération baissière se confirme. Ce mouvement de fond, je le vois comme le reflet d'un basculement plus large : le monde développé délaisse progressivement l'exposition à l'euro au profit du dollar, un mouvement enclenché depuis plusieurs trimestres et qui vient clairement de s'accélérer cette semaine. Pour la gestion du cash, je penche désormais plutôt vers une exposition dollar renforcée, d'autant que sa rémunération reste nettement supérieure à celle de l'euro.
Compression de volatilité avancée sur le S&P 500 et le Nasdaq : une issue franche se prépare d'ici début septembre.
Sur le plan technique, je vois les indices américains former, séance après séance, ce que j'appelle une compression de volatilité : le S&P 500 vient de tracer un troisième creux de plus en plus resserré, exactement le type de pattern qui précède une continuation de tendance après un mouvement de plus de 20%. Le Nasdaq suit la même logique avec un peu plus d'amplitude. Dans les deux cas, la volatilité se contracte semaine après semaine, et une issue franche, à la hausse ou à la baisse, devrait se matérialiser d'ici le début du mois de septembre. Le biais de fond reste haussier : ces indices évoluent toujours dans leurs canaux ascendants respectifs depuis la crise de 2008, avec encore une marge de progression avant d'entrer dans une zone que je qualifierais de bulle spéculative. Je maintiens la même lecture sur le DAX et le CAC 40, eux aussi engagés dans des phases de consolidation au sein de canaux haussiers, avec un potentiel d'accélération commun si l'un des deux blocs, américain ou européen, vient à casser un nouveau plus haut.
Cette compression technique prend un relief particulier à la lumière de l'actualité immédiate. Deux publications de résultats ont cassé l'ambiance en fin de semaine sur les valeurs technologiques : une révision à la hausse massive des budgets d'investissement dans l'intelligence artificielle chez l'un des géants du cloud, financée en partie par de la dette au moment précis où le crédit redevient cher, et des marges qui se dégradent fortement chez un constructeur automobile électrique de premier plan. Résultat des courses, environ 800 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés sur la tech américaine en une seule séance.
Depuis deux ans, le marché achetait la promesse de l'intelligence artificielle. Il commence maintenant à exiger la preuve des bénéfices, et pour l'instant, il voit surtout la facture. Je ne lis pas ça comme un signal de vente générale, mais comme un rappel que la sélectivité redevient indispensable sur ce secteur, précisément au moment où le marché s'approche d'un point de bascule technique.
Trois semaines de volatilité quasi éteinte sous la zone de latéralisation : ce silence-là précède historiquement les séquences les plus violentes.
Sur les cryptoactifs, je ne change rien à ma lecture de fond, mais je note un élément technique important cette semaine : cela fait maintenant trois semaines que la volatilité s'est quasiment éteinte sur le bitcoin. Je me méfie toujours de ce genre de calme plat, parce qu'il survient historiquement juste avant les séquences les plus violentes. Tant que le bitcoin évolue sous la zone de latéralisation que je surveille depuis plusieurs semaines, chaque mauvaise nouvelle peut amplifier la baisse jusqu'à des niveaux de correction beaucoup plus marqués, et la même logique de calme précaire s'applique à l'Ethereum et au XRP, tous deux engagés dans des structures baissières similaires. Pour que je considère le marché baissier terminé, il faudrait d'abord une cassure haussière franche de la trendline qui contient ce mouvement, suivie d'un retour dans la zone de range plus haute. Pour le moment, je n'y suis pas, et je préfère rester patient plutôt que de tenter d'anticiper un creux qui n'est pas encore confirmé techniquement.
Cette semaine confirme selon moi un découplage de plus en plus net entre deux mondes : celui du récit technologique, qui a besoin de crédit bon marché pour financer ses investissements massifs dans l'intelligence artificielle, et celui de l'économie réelle, marquée par un pétrole en hausse structurelle, une dette qui coûte de plus en plus cher et une géopolitique qui reste dégradée. Ces deux mondes se sont clairement contredits cette semaine, et le marché a choisi, pour l'instant, d'ignorer le second pour continuer à croire au premier.
Ma lecture pour les prochains mois : je reste structurellement haussier sur le pétrole et les matières premières, avec une accélération que je situe entre septembre et novembre une fois la volatilité actuelle purgée ; haussier sur le dollar, dont la cassure technique vient d'être confirmée face à un euro fragilisé par la situation politique française ; prudent et sélectif sur les valeurs technologiques, qui entrent elles aussi dans une phase de compression avant une issue attendue vers début septembre ; et neutre et attentiste sur l'or tant que les taux réels ne montrent pas de signe de détente. Le vrai risque que je surveille n'est pas un actif isolé, mais la vitesse à laquelle ce déni collectif pourrait se retourner si les prochains chiffres d'inflation ou la réunion de la Fed la semaine prochaine viennent confirmer que la hausse des taux n'est plus une option, mais une nécessité.
Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.
Rejoignez la communauté et suivez, en direct, comment on décide.