Blog · Analyse de marché

Chaque matin, en parcourant l'actualité internationale, je suis frappé par un constat : jamais la mobilité des millionnaires n'a été aussi forte. En 2025, près de 145 000 millionnaires changeront de pays, un chiffre vertigineux qui en dit long sur les mutations économiques mondiales. Ce phénomène est global, documenté, et lourd de conséquences. Pourtant, en France, le débat public reste étonnamment silencieux, comme si ce mouvement massif ne concernait que « quelques privilégiés », sans effet réel sur notre avenir collectif.
Et si ce silence cachait une fragilité plus profonde ? Je vous propose ici une analyse personnelle, nourrie de données récentes, pour comprendre l'ampleur de ce phénomène, ses causes, et surtout ses implications pour la France.
145 000 millionnaires devraient changer de pays en 2025, une tendance lourde et accélérée qui redessine la carte mondiale de la richesse.
À l'échelle planétaire, la migration des millionnaires n'est pas un épiphénomène, mais une tendance lourde et accélérée. Selon Henley & Partners, 145 000 millionnaires devraient déménager en 2025, soit une augmentation de 29 % par rapport à 2019. Sur dix ans, la progression est encore plus spectaculaire : +224 % depuis 2013. Derrière ces chiffres, c'est une redistribution silencieuse des richesses qui s'opère.
Les Émirats arabes unis attireront près de 9 800 nouveaux millionnaires, soit 63 milliards de dollars de patrimoine. Les États-Unis resteront une terre d'opportunités, avec +7 500 millionnaires et 44 milliards de dollars. En revanche, le Royaume-Uni, la Chine, l'Inde et la France figurent parmi les grands perdants. Cette mobilité reflète une compétition mondiale où fiscalité, stabilité politique et qualité de vie deviennent des armes stratégiques.
800 foyers fortunés quittent la France en 2025, soit 4,4 milliards de dollars de patrimoine liquide, un sujet encore marginalisé dans le débat public.
En découvrant les classements, j'ai été stupéfait : la France occupe la 7e place mondiale des pays qui perdent le plus de millionnaires en 2025, ce qui représente 4,4 milliards de dollars de patrimoine liquide. Pourtant, dans le débat public, ce sujet reste marginalisé, souvent caricaturé. On l'associe à l'évasion fiscale illégale ou à l'image d'un « riche capricieux ». Mais réduire ce phénomène à un cliché, c'est passer à côté d'une réalité implacable : la France devient peu à peu un repoussoir fiscal et économique pour une partie de ses élites financières.
Dans les médias, à l'Assemblée, ou même dans les discussions du quotidien, j'observe une sidération mêlée de déni : soit on minimise l'impact (« cela ne change rien »), soit on le condamne moralement (« qu'ils partent, on s'en passera »). Mais la réalité est plus complexe. Chaque départ emporte avec lui des investissements, des réseaux, du mécénat, des emplois qualifiés. La France ne peut pas se permettre d'ignorer ces pertes alors que la compétition fiscale mondiale s'intensifie.
La perte de 800 foyers fortunés peut sembler anecdotique, mais elle entraîne mécaniquement moins de fonds privés pour les start-ups et l'innovation. D'autres pays multiplient au contraire les dispositifs incitatifs pour capter ces flux financiers, quand la France semble camper dans une logique punitive, sans vision stratégique d'attractivité.
Depuis 2017, un forfait fiscal à 100 000 € par an sur les revenus étrangers a transformé l'Italie en pôle d'attraction pour cadres et investisseurs.
Les flux migratoires suivent une logique claire : fiscalité attractive et stabilité économique. Le Royaume-Uni vit une véritable hémorragie, avec -16 500 millionnaires, liée à la fin du statut « non-domicilié ». La Chine perd 7 800 millionnaires, bien que son économie continue à produire des fortunes. En Europe, de nouveaux pôles apparaissent : Italie, Portugal, Grèce, Suisse. Ces pays ont compris que la fiscalité pouvait devenir une arme d'attractivité.
En Italie par exemple, un forfait fiscal à 100 000 € par an sur les revenus étrangers attire des milliers de cadres et d'investisseurs depuis 2017. Résultat : Milan, Rome et Florence accueillent une vague de nouveaux résidents fortunés, dopant le secteur de la gestion de fortune. Pourquoi la France n'adopte-t-elle pas une approche similaire ? Certains expliquent ce blocage par notre méfiance culturelle vis-à-vis de la réussite financière rapide, ou par une obsession nationale pour la taxation des hauts revenus.
80 % de la richesse des millionnaires français est immobilière, donc difficilement délocalisable, contrairement aux capitaux liquides suisses ou allemands.
Un autre chiffre m'a marqué : la France compte 2,9 millions de millionnaires au sens large, mais seulement 490 800 millionnaires « liquides ». Autrement dit, plus de 80 % de nos millionnaires le sont grâce à la valeur de leur immobilier, difficilement délocalisable, ce qui traduit une dépendance forte au marché immobilier domestique. En comparaison, la Suisse ou l'Allemagne comptent 30 à 35 % de millionnaires avec des capitaux liquides, facilement déplaçables.
À mes yeux, le cœur du problème est là : nous vivons dans une société où la réussite financière est souvent perçue avec suspicion. Mais ignorer ou condamner la fuite des capitaux ne changera rien, les flux continueront à s'intensifier. La vraie question est de savoir si nous voulons rester compétitifs dans la mondialisation des talents et des capitaux.
En 2025, le grand exode des millionnaires sera un marqueur des tensions fiscales et économiques mondiales. La France, aujourd'hui, subit plus qu'elle n'agit, alors qu'elle dispose d'atouts considérables : un patrimoine culturel unique, une éducation de qualité, une économie diversifiée. Reste à savoir si nous saurons créer un environnement fiscal et sociétal qui valorise la réussite sans la stigmatiser.
Analyse à but pédagogique — ne constitue pas un conseil en investissement. Voir l'avertissement sur les risques.
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