Guide · Capital financé
Une évaluation ne mesure pas votre capacité à gagner. Elle mesure votre capacité à ne pas perdre plus qu'un budget fixé d'avance. Voici comment le calculer, et comment conduire chaque phase sans vous faire éliminer.

La plupart des traders qui échouent à un challenge de prop firm savaient lire le marché. Ils avaient souvent raison sur la direction. Ils ont été éliminés quand même, et presque toujours de la même façon : une journée où la taille des positions n'était plus cohérente avec la règle de perte journalière. Le compte ferme, les frais sont perdus, et le candidat conclut qu'il n'a « pas eu de chance ». La chance n'y est pour rien. C'est un problème d'arithmétique, et il se règle avant d'ouvrir la première position.
Je précise d'où je parle. Je n'ai aucun partenariat avec une prop firm, aucun lien d'affiliation, et je ne touche rien si vous achetez un challenge. J'ai été inscrit à l'AMF pendant 27 ans comme conseiller financier ; Fiducia Conseils n'est plus agréée aujourd'hui, et cette page est un contenu pédagogique, pas un conseil en investissement personnalisé. Je prends FTMO comme exemple parce que c'est la société dont le challenge est le plus recherché en France et dont les règles sont publiées clairement. La méthode s'applique à n'importe quelle évaluation.
Une prop firm ne cherche pas le trader le plus brillant. Elle cherche celui dont les pertes sont prévisibles. Le compte financé qu'elle vous confie ensuite est simulé, mais sa rémunération ne l'est pas : son intérêt est d'éviter les profils qui gagnent 15 % un mois et en rendent 20 % le suivant. L'évaluation est construite pour les faire échouer, et elle y parvient très bien.
D'où une conséquence que peu de candidats intègrent : les règles ne sont pas des contraintes autour du jeu, elles sont le jeu. L'objectif de gain dit simplement combien de temps il faudra jouer. Les limites de perte disent si vous serez encore là à la fin. Un trader qui commence par se demander « comment faire 10 % » a déjà posé la mauvaise question. La bonne est : « quelle taille de position me garantit d'être encore en jeu après ma pire série réaliste ? »
Voici les objectifs publiés par FTMO, relevés le 15 septembre 2026. Ces conditions évoluent : vérifiez-les sur le site de la société au moment de vous inscrire, et lisez les conditions générales, pas seulement la page commerciale.
| Règle | 2 phases — Challenge | 2 phases — Vérification | 2 phases — Compte financé | 1 phase |
|---|---|---|---|---|
| Objectif de gain | 10 % | 5 % | Aucun | 10 % |
| Perte journalière maximale | 5 % | 5 % | 5 % | 3 % |
| Perte maximale | 10 %, fixe | 10 %, fixe | 10 %, fixe | 10 %, suiveuse |
| Jours de trading minimum | 4 | 4 | Aucun | — |
| Règle de régularité | — | — | — | Meilleur jour ≤ 50 % des gains des jours positifs |
| Limite de temps | Aucune | |||
Trois lignes de ce tableau méritent plus qu'une lecture rapide.
La perte journalière se recalcule à minuit, heure d'Europe centrale, à partir du solde enregistré à ce moment-là. Ce n'est pas une perte « par journée de travail » à votre heure : une position ouverte à 23 h à Paris et fermée à 1 h du matin chevauche deux journées de calcul. Et comme le seuil est posé sur le solde, une position gagnante que vous gardez ouverte au passage de minuit ne vous donne aucune marge supplémentaire le lendemain matin si elle se retourne.
La perte maximale fixe et la perte maximale suiveuse ne se tradent pas de la même façon. Sur la formule en deux phases, votre seuil d'élimination reste à 90 % du capital de départ, quoi que vous gagniez. Sur la formule en une phase, il monte avec vos gains et ne redescend jamais : après +6 %, vous ne défendez plus votre capital, vous défendez vos gains. J'ai détaillé ce mécanisme sur la page capital financé et prop firm ; retenez ici qu'il impose de réduire la taille après une bonne série, exactement à l'inverse du réflexe naturel.
La règle du meilleur jour de la formule en une phase interdit de réussir sur un coup. Si une seule journée représente plus de la moitié de vos gains cumulés sur les jours positifs, il faudra continuer à trader jusqu'à rééquilibrer. C'est une règle anti-loterie, et elle est parfaitement logique du point de vue de la société.
Tout commence par une seule question : combien de pertes consécutives votre taille de position vous permet-elle d'encaisser avant de toucher une limite ? Pas en moyenne — dans le pire cas réaliste. Une série de cinq ou six pertes d'affilée arrive à tous les traders, y compris ceux dont la méthode est rentable sur l'année. La question n'est pas de savoir si elle viendra, mais si elle viendra pendant votre évaluation.
Le tableau ci-dessous donne le nombre de pertes pleines encaissables en restant strictement sous la limite, frais et écart de cotation compris — une perte qui tombe exactement sur le seuil est, en pratique, une élimination.
| Risque par trade | Avant la perte journalière de 5 % | Avant la perte journalière de 3 % | Avant la perte maximale de 10 % |
|---|---|---|---|
| 2 % | 2 pertes | 1 perte | 4 pertes |
| 1 % | 4 pertes | 2 pertes | 9 pertes |
| 0,5 % | 9 pertes | 5 pertes | 19 pertes |
| 0,25 % | 19 pertes | 11 pertes | 39 pertes |
La lecture est brutale. À 2 % par trade — une taille que beaucoup considèrent comme « raisonnable » sur un compte personnel — la cinquième perte consécutive met fin au challenge, et trois pertes dans la même matinée suffisent à l'arrêter avant midi. À 0,5 %, il faut vingt pertes pleines. Aucun trader doté d'une méthode ne les enchaîne ; beaucoup en enchaînent cinq.
Le prix de cette sécurité, c'est le temps. Prenons une méthode honnête : 45 % de trades gagnants, des gains qui valent deux fois les pertes. À 0,5 % de risque, chaque trade rapporte en moyenne 0,45 × 1 % − 0,55 × 0,5 %, soit 0,175 %. Il faut donc de l'ordre de 57 trades pour atteindre les 10 % de la première phase, et une trentaine pour les 5 % de la vérification. Sur une méthode qui prend deux ou trois positions par jour, c'est un mois de travail par phase. Et c'est très bien : il n'y a pas de limite de temps. Personne ne vous paie pour avoir fini en trois jours.
Le calcul ci-dessus suppose une méthode dont les statistiques sont connues. Si vous ne connaissez pas votre taux de réussite et votre rapport gain sur perte, mesurés sur au moins une centaine de trades, vous n'êtes pas en train de passer une évaluation : vous êtes en train de payer pour découvrir ces chiffres. Un compte de démonstration les donne gratuitement. C'est aussi pour cette raison que je publie mon propre journal de trades, pertes comprises : une méthode sans historique n'est pas une méthode.
Le budget de risque ne sert à rien s'il ne se traduit pas en taille de position. Sur l'or en CFD, le calcul est simple et il doit devenir un réflexe. Sur la plupart des plateformes, un lot standard de XAUUSD représente 100 onces : un mouvement de 1 $ sur le cours vaut donc 100 $ par lot. Vérifiez la spécification du contrat chez votre prop firm, elle n'est pas universelle.
Sur un compte de 100 000 $ avec un risque de 0,5 %, vous acceptez de perdre 500 $ sur le trade. Si votre invalidation technique est à 8 $ du point d'entrée, un lot perdrait 800 $ : la taille est de 500 ÷ 800, soit 0,62 lot. Si l'invalidation est à 15 $, un lot perdrait 1 500 $ et la taille tombe à 0,33 lot. Le risque en dollars ne change pas ; c'est la taille qui s'adapte à la distance du stop, jamais l'inverse.
C'est ici que se font la plupart des éliminations. Le candidat choisit d'abord une taille qui « lui parle » — un lot, un demi-lot — puis place son stop là où la perte reste supportable. Le stop n'a alors plus aucun sens technique : il est trop proche, il saute sur le bruit, et la série de pertes commence. Sur l'or, dont l'amplitude journalière dépasse régulièrement 30 à 40 $, un stop posé pour des raisons comptables est un stop condamné. Les niveaux et les horaires qui comptent sont décrits dans le guide du XAUUSD.
La phase 1 est la plus longue et la plus tentante. Dix pour cent, c'est beaucoup, et les premiers jours donnent envie d'accélérer. Je recommande l'inverse : fixer un risque par trade qui ne bouge pas, et une limite de perte journalière personnelle nettement plus basse que celle de la société — autour de 2 % pour une règle à 5 %. Atteindre sa propre limite signifie arrêter pour la journée, pas « se refaire ». La règle de la société devient alors un filet que vous ne touchez jamais.
La vérification demande moins, et c'est un piège. Cinq pour cent semblent faciles après avoir réussi dix. Mais les limites de perte n'ont pas bougé, et votre marge relative a doublé en votre défaveur : une série perdante pèse deux fois plus lourd face à un objectif deux fois plus petit. C'est le moment de réduire le risque par trade, pas de l'augmenter. Un candidat qui échoue en vérification a presque toujours tradé plus gros qu'en phase 1.
Le compte financé n'a plus d'objectif, et c'est ce qui le rend dangereux. Sans cible, beaucoup de traders se fixent un objectif de retrait mensuel et forcent pour l'atteindre. La conduite juste est de reprendre exactement la discipline de la phase 1, et de considérer chaque retrait comme la conséquence d'un processus, pas comme un salaire à aller chercher. Lisez aussi à ce stade les clauses propres au compte financé : certaines formules encadrent le trading autour des annonces économiques majeures ou la détention de positions le week-end.
Les guides génériques décrivent les règles dans le vide. Je publie une analyse de l'or datée chaque samedi, laissée en ligne quel qu'ait été le résultat, et trois d'entre elles montrent mieux qu'une démonstration où se perdent les évaluations.
La semaine du 8 août 2026 est celle qui fait échouer par excès de réussite. Après un rapport sur l'emploi américain à −23 000 postes contre +83 000 attendus, l'or a pris +7,25 % en une semaine. Un candidat bien positionné pouvait approcher l'objectif de la phase 1 en quelques séances — et c'est précisément là que l'on double la taille pour « finir », que la règle du meilleur jour bloque la validation sur la formule en une phase, et qu'un retournement rend en une journée ce qui avait été gagné en trois (l'analyse complète).
La semaine du 15 août 2026 illustre le stop comptable. L'or a touché 4 440 $ le mercredi et 4 311 $ le vendredi : 129 $ en deux séances. Une position de 0,62 lot — la taille calculée plus haut pour un stop de 8 $ — conservée sans stop sur ce trajet aurait coûté environ 8 000 $, soit 8 % d'un compte de 100 000 $. Largement plus que la perte journalière, et à deux points de la perte maximale (l'analyse complète).
La semaine du 12 septembre 2026 pose le risque d'événement. L'or a terminé une troisième semaine de baisse dans un range resserré de 142 $, pendant que la probabilité d'une hausse des taux américains au 16 septembre passait de 72 % à près de 90 % en une séance. Un range qui se resserre avant une décision de banque centrale n'est pas un marché calme : c'est un marché qui attend. Dans un challenge, la réponse n'est pas une prévision mais une règle écrite — réduire ou ne pas être exposé à l'heure de l'annonce (l'analyse complète).
Aucune de ces trois semaines n'élimine un trader qui s'est trompé de direction. Elles éliminent ceux dont la taille de position n'avait pas été décidée avant le marché.
Se refaire après une perte. La deuxième position de la journée, ouverte plus grosse pour effacer la première, est la cause d'élimination la plus répandue que je connaisse. Une règle simple la supprime : après deux pertes dans la journée, on arrête.
Changer de marché pour l'évaluation. Un trader qui a construit sa lecture sur l'or et qui passe son challenge sur les indices ou le pétrole « parce que ça bouge plus » change deux variables à la fois. S'il échoue, il ne saura pas pourquoi.
Acheter un raccourci. Robots « spécial challenge », services qui proposent de passer l'évaluation à votre place, copie de positions entre plusieurs comptes : ces pratiques sont interdites par les conditions générales de la plupart des sociétés, et elles se découvrent au moment du premier retrait, qui est alors refusé. Vous aurez payé deux fois pour ne rien obtenir.
Enchaîner les tentatives. Un échec est une information. Racheter un challenge le soir même, sans avoir relu son journal de trades, revient à payer pour reproduire la même erreur.
Oui, à une condition : avoir déjà une méthode qui gagne, mesurée, sur un compte à soi. Une prop firm est un multiplicateur de taille, pas un professeur. Elle ne transforme pas un trader irrégulier en trader régulier ; elle rend simplement ses irrégularités plus coûteuses.
Faites aussi le calcul du net avant de payer. Vos gains de prop firm sont imposés en France comme un revenu d'activité, pas comme une plus-value, et un payout brut vaut à peu près la moitié une fois les cotisations et l'impôt acquittés — c'est détaillé sur la page prop firm en France, légalité et fiscalité. Quand deux échecs suffisent à effacer le bénéfice d'une réussite, la préparation vaut plus que le challenge lui-même. C'est exactement ce que travaille ma formation sur l'or et le XAUUSD : un plan de trade écrit, un budget de risque calculé, et une routine qui tient sur les semaines difficiles.
Le trading comporte un risque élevé de perte en capital. Les frais d'évaluation sont perdus en cas d'échec, et la majorité des candidats échouent. Voir l'avertissement sur les risques.
Mes analyses de l'or sont publiées chaque samedi, datées et laissées en ligne — qu'elles aient eu raison ou tort. C'est le seul moyen honnête de juger un trader avant de lui faire confiance.